Culture : Sète assoit son identité et multiplie les festivals

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Le Théâtre de la Mer de Sète est l'un des hauts lieux festivaliers de la ville de Sète.
Le Théâtre de la Mer de Sète est l'un des hauts lieux festivaliers de la ville de Sète. (Crédits : Office du tourisme de Sète)
La ville de Sète revendique une identité faite de culture et de festivals. La saison 2018 ne démentira en rien ce statut, forgé à coup de politiques publiques engagées et d’acteurs culturels militants, avec une douzaine de festivals en tout genre, dont deux nouveaux. De la musique à la photo en passant par la poésie, l’été sera riche sur la dite « île singulière ».

Le 4 mai, le maire de Sète, François Commeinhes (ex-LR et désormais sans étiquette) démarrait la présentation de la saison culturelle 2018 de sa ville en rappelant les records de fréquentation battus chaque année. Car celle que Paul Valéry avait baptisée « l'île singulière » s'est forgée une sacrée réputation culturelle à même d'attirer têtes d'affiche et public.

En 2017, la sublime scène sétoise du Théâtre de la Mer, qui s'offre la Méditerranée comme décor, a accueilli 235 000 spectateurs payants, « soit 15 000 de plus qu'en 2016 », souligne François Commeinhes.

« Et ce ne sont pas exclusivement les festivals historiques qui marchent bien mais aussi les petits festivals, ajoute l'édile. Preuve que l'offre répond à une attente du public, malgré un site (cerné par la mer, NDLR) qui n'est pas extensible. »

Rétrospective photographique de Mai 68

La cuvée 2018 s'annonce elle aussi prometteuse. Elle s'ouvrira le 8 mai prochain avec le festival de photographie documentaire "ImageSingulières", dont la 10e édition signe la place que la manifestation a su se faire sur le terrain du festival de la photographie entre Arles (Les Rencontres d'Arles) et Perpignan (Visa pour l'image).

C'est tout logiquement une rétrospective de mai 68 qui sera le fil conducteur de l'édition 2018, avec en point d'orgue une exclusivité en collaboration avec l'agence de photographie parisienne Roger-Viollet : l'exposition « Mai 68 par les photographes de France-Soir ».

« C'est une vraie proposition alternative que nous offrons car il existe en réalité peu de fond iconographique sur mai 68, souligne le directeur du festival, Gilles Favier. Les images de France-Soir présentent des styles très différents, et elles ont été peu vues car pas mal censurées par le journal à l'époque. Elles témoignent d'une violence qu'on a un peu oubliée. L'exposition proposera aussi des sons radio ou des affiches de cette période»

Une soirée réalisée avec les archives de l'INA (partenaire du festival) éclairera le processus ayant mené la société aux événements de mai 68, ainsi que l'après-68.

De Juliette Armanet à Barbara Hendricks

Les festivals sétois, dont les noms sont désormais familiers, n'ont pas de mal à faire venir de belles têtes d'affiche. On verra ainsi Juliette, Les Wriggles, Pierre Lapointe, Julien Doré, Camille ou Juliette Armanet au Festival « Quand je pense à Fernande... ». Mais aussi Jacob Banks et Thomas de Pourquery à  « Jazz à Sète », ou encore le chanteur guinéen Mory Kante qui, le 5 août, s'affichera en avant-première d'une tournée 2019, avec le groupe Las Maravillas de Mali pour célébrer la rencontre des musiques africaines et cubaines des années 60.

Le festival « Voix vives - de Méditerranée en Méditerranée » continue quant à lui de défendre l'accessibilité de la poésie à tous.

« Le festival permet à la poésie d'être partagée, martèle Maïthé Vallès-Bled, sa directrice. Car elle n'est pas réservée à une élite ! L'an dernier, nous avons accueilli plus de 68 000 spectateurs. C'est la réponse du public quand on installe la poésie dans des lieux du quotidien, gratuits d'accès. »

Cette 21e édition organisera trois spectacles (payants) - Anne Sylvestre, qui fête ses 60 ans de chanson, Sapho chante Barbara, et Barbara Hendricks et son Blues Band - et accueillera aussi 110 éditeurs.

Street-art, cinéma, reggae et rock

La 11e édition du « K-live » réanimera notamment le Musée à ciel ouvert, et le street-art s'exprimera aussi bien sur les murs de la ville que sur les sols (flacking), investissant « les petits délaissés urbains », selon son organisateur.

Parce que la ville de Sète est un lieu de tournage prisé de la télévision ou du cinéma, l'été 2018 offrira la 3e édition du « SunSète Festival », festival de cinéma populaire et gratuit avec une dizaine de projections de plein air. Parmi les invités de prestige attendus : Brigitte Fossey en présidente du festival, mais aussi Abdellatif Kechiche (et les deux opus de son Mektoub my love), ou encore Claude Lelouch. Nouveauté 2018 : des rencontres entre producteurs et auteurs de la région.

Le festival décalé « Cap au large », qui permet à des personnes en situation de handicap de faire du bateau (grâce à un partenariat avec une école de voile solidaire), n'a pas encore bouclé la tête d'affiche de son concert. Si l'organisateur annonce des difficultés financières pour maintenir cette manifestation, il promet de ne rien lâcher et de maintenir une tonalité militante « dans l'esprit de mai 68 ».

Une scène flottante

Enfin, dans ce festival de festivals, deux petits nouveaux planteront leur décor cet été sur fond de Grande Bleue : le retour du festival de reggae, baptisé le Dub Lights Festival, et un festival de rock, nommé « Sous les rochers la plage », qui était dans les cartons depuis deux ans et qui accueillera notamment Pete Doherty ou Les Wampas.

Enfin, nouveauté géographique : le « Demi Festival », du rappeur Demi Portion, installera une scène flottante sur le canal Royal de Sète, habituellement réservé aux célèbres joutes sétoises, pour un concert gratuit de hip-hop.

8 M€, soit 10 % du budget de la Ville

Alors, trop de festivals à Sète risqueraient-il de tuer les festivals ? La collectivité et les organisateurs plaident une saine émulation et une absence de rivalité du fait de la grande diversité de la nature des manifestations et des styles de musiques accueillis.

Si la culture ne doit pas être approchée par le seul angle de la rentabilité, le maire de Sète rappelle toutefois que « pour 1 € investi, c'est 4 € qui sont réinjectés dans l'économie locale », et que la Ville consacre 10 % de son budget à la culture, soit 8 M€.

L'élu devrait d'ailleurs prochainement faire une annonce concernant un grand projet autour de l'art plastique...

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Commentaires
a écrit le 05/05/2018 à 9:06 :
Cette politique culturelle de la municipalité semble un véritable succès et cela mérite d'être souligné. Mais il ne faut pas non plus tomber dans l'extrême. Il ne faut pas oublier que Sète est avant tout un port vivant des activités économiques qui s'y rattachent et cette facette de Sète semble progressivement disparaître au profit du showbiz et du spectacle. C'est pourtant cette identité portuaire première qui est la raison d'être de la ville et fait tout son charme. Attention de ne pas se perdre, tout cela n'est que paillettes et peut disparaître assez vite.

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