La Tribune Wine’s Forum met en lumière les initiatives des viticulteurs face au changement climatique

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Première table ronde de La Tribune Wine's Forum, le 17 octobre 2019 à Nîmes.
Première table ronde de La Tribune Wine's Forum, le 17 octobre 2019 à Nîmes. (Crédits : Cécile Chaigneau)
L’édition 2019 de La Tribune Wine’s Forum se tenait le 17 octobre au Musée de la Romanité de Nîmes (30). Les intervenants, viticulteurs, scientifiques, chefs d’entreprises ou institutionnels, ont mis en lumière leurs solutions face à un changement climatique de plus en plus palpable.

Près de 150 participants s'étaient réunis à Nîmes pour cette nouvelle édition de La Tribune Wine's Forum consacrée aux nouveaux défis de la filière du vin, et animée par Patricia Huczek.

C'est d'ailleurs le chercheur en agro-climatologie chez ITK, Serge Zaka, qui a ouvert les débats avec un focus sur l'épisode caniculaire de juin dernier, et plus particulièrement sur la journée du 28 juin 2019.

"Ce jour-là, nous avons dépassé douze fois les précédents records de chaleur, sur plusieurs communes de l'ex-Languedoc-Roussillon, affirme-t-il. En moins de 24 heures, des pieds de vigne ont brûlé sur place. Pour expliquer le phénomène, les agro-climatologues penchent pour un effet d'échaudage des feuilles, sous l'effet conjugué du vent et de la chaleur, ce qu'on a appelé dans les médias l'effet sèche-cheveux. Il a été d'autant plus fort, que le pic de chaleur était précoce sur de jeunes feuilles de vignes."

Quelle sont les solutions face au changement climatique ?

Face à ce constat, Serge Zaka et d'autres participants ont avancé des pistes de solutions, alors que les météorologues estiment que cet épisode caniculaire pourrait se reproduire quatre fois par an en 2050.

Hervé Hannin, ingénieur de recherche Montpellier SupAgro, met en avant une étude menée par l'Inra partout en France : "La stratégie préconisée est d'approfondir nos connaissances des zones viticoles, mais aussi d'agir sur les conditions de production et les pratiques. Il y a des questions à se poser concernant l'avancée des cycles de la vigne, la favorisation de certains cépages ou encore les pratiques œnologiques qui auront un impact sur les caractéristiques des vins. En ce sens, 93 % de la production française est sous cahier des charges, une évolution sera nécessaire."

Des viticulteurs précurseurs

Des stratégies qui sont déjà mises en place par certains viticulteurs. Au Mas de la Seranne à Aniane (34), Jean-Pierre Venture teste des cépages méditerranéens anciens et travaille sur les porte-greffes pour retarder la maturité du grenache.

Sélectionner les plantes est aussi une solution adoptée par son confrère viticulteur toscan, Andréa Boscu Bianchi Bandinelli : "Je crois en une vigne durable et numérique", a d'ailleurs précisé l'italien.

Les nouvelles technologies seraient aussi de vraies alliées pour les agriculteurs face au changement climatique. Les mesures précises et les prévisions météorologiques seront des outils précieux, et nombre d'entreprises proposent déjà leurs services, comme la start-up Chouette et son drone permettant d'analyser 5 ha de vignes en seulement une heure.

L'importance des sols

Mais les principaux alliés des viticulteurs restent bien l'eau et le sol de culture. Pour l'agronome Alain Canet (directeur de l'association Arbre et Paysage 32), une couverture permanente du sol, sur le modèle des forêts, permet le développement des matières organiques indispensables au bon développement des plantes, ce qui les protège par extension des aléas climatiques.

Ces questions d'autant plus cruciales, que le paramètre du climat s'invite désormais dans les transactions foncières autour des parcelles de vignes.

"Dans 20 ans, nous risquons de perdre presque 50 000 ha de vignes dans notre région, affirme Michel Veyrier, gérant-fondateur de Vinea Transaction et ingénieur en agriculture. Il faut protéger nos 220 000 ha, et trouver des solutions d'irrigations, alors même qu'aujourd'hui les parcelles irriguées prennent déjà 10 à 30 % de valeur en plus à la vente."

"C'est une question que nous anticipons chez BRL, a répondu Jean François Blanchet, DG chez BRL. Nous travaillons avec la profession agricole à l'irrigation de 15 000 ha supplémentaires."

Les labels, des leviers économiques pour les viticulteurs ?

Aux questions environnementales, se superposent la question des pratiques viticoles, souvent encadrées par des labels et des appellations.

"Ces signes distinctifs ont une logique économique importante, sachant que 85 % des achats se font en dans la grande distribution et sur des linéaires, précise Éric Giraudier président de la CCI du Gard.

Dans le foisonnement de labels existants, les intervenants ont mis en avant l'importance de la signature bio, qui est aujourd'hui une "attente sociétale", pour Patrick Guiraud, représentant de l'interprofession Sud Vin Bio. Mais aussi l'importance grandissante de la mention HVE (Haute Valeur Environnementale).

"Les consommateurs nous demandent aujourd'hui plus de transparence et d'adapter nos pratiques, c'est incontournable", a conclu Jean-Louis Portal, secrétaire de la Chambre d'agriculture du Gard.

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