« Permettre le traitement de déchets radioactifs étrangers » (Guénola Guillon - Cyclife France)

INTERVIEW - Installée à Marcoule (Gard), la filiale d’EDF Cyclife France, composée 300 salariés et générant 87 millions d’euros de chiffre d’affaires, traite des déchets faiblement radioactifs. Elle se prépare à absorber de nouveaux flux issus de démantèlements de centrales françaises et étrangères. Entretien avec Guénola Guillon, sa directrice générale depuis 2021.

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Guénola Guillon, directrice générale de Cyclife France (filiale d'EDF spécialisée dans la gestion des déchets nucléaires) était en déplacement sur le site gardois le 13 janvier 2021.
Guénola Guillon, directrice générale de Cyclife France (filiale d'EDF spécialisée dans la gestion des déchets nucléaires) était en déplacement sur le site gardois le 13 janvier 2021. (Crédits : Guillaume Mollaret)

LA TRIBUNE - Où en est votre projet So Gard qui prévoit 60 millions d'euros d'investissements dans la création d'un nouvel espace d'entreposage et de découpe de métaux faiblement radioactifs destinés à nourrir votre four de fusion ?

Guénola GUILLON, directrice générale de Cyclife France - Ce projet a pris trois ans de retard. En raison d'une modification du plan de prévention des inondations, le terrain initialement acquis pour accueillir l'un des deux bâtiments composant le projet se trouve aujourd'hui en partie non constructible. Il a donc fallu trouver une alternative. Le bâtiment d'entreposage que l'on souhaitait installer face à notre site actuel doit désormais être construit sur la commune voisine de Chusclan. Nous en sommes au stade de l'avant-projet détaillé. Concernant le second bâtiment, dédié à la découpe de ces ferrailles, sa construction reste prévue sur notre installation nucléaire de base (INB) existante. Nous en sommes au stade de l'établissement du dossier règlementaire. Notre objectif est que ce dossier soit prêt pour le milieu de cette année, pour une mise en service opérationnelle prévue mi-2026.

Avez-vous d'autres projets industriels ?

Oui, un autre projet de découpe métallique visant lui-aussi à accroître nos capacités. Il ne s'agit pas de créer un nouvel atelier mais de renforcer l'existant. Pour faire face à une demande d'EDF, notre principal client, nous devons être en mesure d'accueillir des composants plus gros qu'il faut aussi adapter à la taille de notre four. On espère une mise en service fin 2025. Nous utiliserons ainsi mieux les capacités de notre four de fusion. Nous disposons d'une autorisation de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de 3.500 tonnes de passage à la fusion. Or sur 4.700 tonnes de déchets traités l'an dernier, 600 tonnes sont parties vers ce four pour 4.100 tonnes à l'incinération. Il y a donc une marge de progression sur la fusion.

Quel sera la montant de l'investissement ?

Nous en sommes au stade de l'étude, et ne l'avons pas encore chiffré.

Où partent les déchets que vous traitez une fois leur incinération ou fusion faites ?

Une fois réduits de 95 à 100% pour l'incinération et à 90% pour la fusion, ces déchets sont, conformément à la règlementation, adressés vers deux sites de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) qui prend en charge leur stockage.

Alors qu'EDF est aujourd'hui votre premier client, avez-vous des perspectives de développement, avec la fin programmée du nucléaire en Allemagne, et plus récemment l'annonce par la Belgique de sa volonté de fermer ses centrales ?

Il y a effectivement des perspectives de développement en Europe. Elles sont portées par le groupe Cyclife (dont Cyclife France est une filiale, NDLR), qui souhaite se positionner comme leader sur le démantèlement nucléaire et le traitement du déchet radioactif. Nous concernant, il y a bien des perspectives car, dans le Gard, notre site Centraco incinère des déchets que l'on ne sait pas incinérer ailleurs, et possède un outil permettant la fusion de déchets présentant certaines caractéristiques radiologiques. Pour autant, pour permettre le traitement de déchets radioactifs étrangers, il faut aujourd'hui, en droit français, des accords intergouvernementaux. Nous travaillons donc avec des clients potentiels pour mettre en place ces accords.

Avez-vous d'autres perspectives de diversification ?

Nous travaillons en effet à pouvoir répondre, à façon, à certains clients qui ont des déchets spécifiques à incinérer car il ne faut pas imaginer notre installation comme un site où le tout-venant est jeté en vrac dans un four. Ce n'est vraiment pas cela. Nous apportons, par exemple, un travail d'ingénierie au CEA qui dispose aujourd'hui de déchets sous forme de soude contaminée et nous sollicite pour leur traitement. De son côté, Orano (ex-Areva, spécialiste du combustible nucléaire, NDLR) nous sollicite pour certains fuels. Nous en sommes au stade de l'étude pour proposer des solutions adaptées. Pour notre four de fusion, nous travaillons également À pouvoir fondre de l'aluminium, ce qui n'est pas possible aujourd'hui pour des raisons caractéristiques à cet alliage. Les pistes de travail ne manquent pas.

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