Orange : bataille de chiffres autour de l’évolution du réseau en Occitanie

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(Crédits : Darren Staples)
La CFE-CGC Orange monte au créneau. Son président était en déplacement à Montpellier, en début de semaine, pour évoquer les points de crispation et les enjeux pour le territoire, notamment la perte d'emplois à valeur ajoutée. Une analyse que la direction Sud d’Orange ne partage évidemment pas…

Sébastien Crozier, le président de la CFE-CGC Orange (cadres), 2e syndicat majoritaire*, était en déplacement en Occitanie en début de semaine. Il s'est arrêté à Montpellier pour dresser un état des lieux.

Le postulat de base sur les effectifs du groupe en Occitanie n'est déjà pas le même : Sébastien Crozier annonce 3 504 salariés en Occitanie et 1 439 dans l'Hérault à la fin 2017.

Interrogée par La Tribune-Objectif, Patricia Goriaux, la directrice d'Orange Sud (périmètre de l'Occitanie) martèle qu'elle ne « souhaite pas répondre par [notre] intermédiaire aux propos de M. Crozier ». Elle consent toutefois à alimenter le débat contradictoire avec quelques éléments. À commencer par les effectifs, qu'elle situe à 7 610 en Occitanie et 1 918 dans l'Hérault...

Sébastien Crozier, qui précise que « les chiffres fournis par la Direction incluent les Directions nationales et les filiales installées localement », pointe une baisse des effectifs, à horizon 2021, estimée à 18 % sur la région Occitanie et à 12 % dans l'Hérault, avec notamment une non compensation des départs à la retraite au-delà de 1 poste sur 4. Il regrette également une politique qui ne favorise pas le déploiement des emplois « à valeur ajoutée » dans les régions.

Départs à la retraite et pôles d'expertise

« Dans les années 1980, France Télécom était un champion de la décentralisation : plusieurs directions nationales étaient en région, et Toulouse par exemple hébergeait notamment la prestigieuse Direction nationale des réseaux, souligne-t-il. Sous l'ère Breton-Lombard, l'entreprise s'est centralisée à outrance, obligeant tous ceux qui voulaient faire évoluer leur carrière à revenir en Ile-de-France, dans des conditions de plus en plus dégradées. Aujourd'hui, les emplois à valeur ajoutée sont plutôt en Île-de-France et ce déséquilibre mécanique s'accroît. À Montpellier, il n'existe aucun centre de décision, ni régional, ni national. Il faut un plan de rééquilibrage. Développer des bassins de compétences déconcentrés est possible. La région est bien desservie par le réseau ferré, et cela permettrait d'offrir de meilleures perspectives d'évolution professionnelles aux équipes... Quant au déploiement de la fibre à Montpellier, il pourrait s'accélérer et gagner en qualité si l'entreprise embauchait plutôt que de sous-traiter. »

Patricia Goriaux défend la stratégie de l'entreprise : « Pour répondre aux besoins de compétences à l'avenir, notamment sur les métiers des nouvelles technologies et sur l'impact des départs naturels, nous recrutons sur cinq pôles d'activité : les réseaux et les systèmes numériques d'information, le digital et le numérique, le commerce, l'intelligence artificielle, ainsi que la banque et la cyberdéfense. Je rappelle que sur 2018, via l'opération Hello Job, Orange propose environ 500 postes, c'est à dire 133 CDI sur la cyberdéfense, l'information, l'IA, la relation clients et les réseau, ainsi que 200 contrats en alternance et 100 à 150 opportunités de stages. Concernant les départs naturels liés à la structures démographique de nos effectifs dans les années 1970, nous prévoyons de remplacer en France un départ sur trois ».

Par ailleurs, la dirigeante liste les pôles d'expertise en Occitanie.

« Il y a des experts réseaux, relations clients, mais aussi cybersécurité à Toulouse, soit une dizaine de personnes que nous allons doubler en 2018, et à Montpellier, un pôle d'expertise national sur la fibre avec une vingtaine de personnes. À Toulouse et Montpellier, nous avons des experts sur la 5G, l'IA et les objets connectés. Enfin, à Narbonne, le centre d'appels clients compte des web-conseillers Orange et Soch sur les réseaux sociaux. »

Centres villes VS zones rurales ?

Enfin, la CFE-CGC pointe « la politique actuelle d'Orange basée sur une rationalisation maximale, avec une concentration des boutiques dans les zones géographiques les plus peuplées et un éventail de services plus large (les Smart Stores), au détriment des zones rurales et des petites villes ».

« Nous sommes sur un sujet plus large que celui des boutiques, fait observer Patricia Goriaux. Orange, comme n'importe quelle entreprise, fait évoluer son réseau de boutiques pour répondre au mieux aux évolutions de consommation des clients. Mais Orange a toujours considéré que ses boutiques seraient une passerelle entre le digital et l'humain. Nous souhaitons préserver un ancrage de proximité fort, c'est pourquoi nous avons créé le concept du Smart-store, avec des superficies multipliées au moins par deux afin de mieux accompagner les clients dans l'usage. Nous avons fermé 5 boutiques en 2017 en Occitanie, certaines pour les relocaliser sur des surfaces augmentées. »

Selon la dirigeante, l'Occitanie compte à ce jour 55 boutiques et Orange y a déjà ouvert 14 Smart-Stores depuis 2015, à Millau, Rodez, Montpellier Trifontaine, Alès, Perpignan Claira, Perpignan Porte d'Espagne, Blagnac, Lattes, Pamiers, Auch, Fenouillet, Nîmes Cap Costières et Balaruc-le-Vieux. Le 14e ouvrira à Montauban (82) le 14 juin.

Campus Montpellier

Enfin, autre point d'achoppement pour le syndicaliste : le projet de déménagement des équipes montpelliéraines d'Orange actuellement sur cinq sites et qui seront rassemblées sur le Campus Montpellier, dans le quartier de la Pompignane, fin 2020, début 2021.

« C'est un quartier mal desservi par les transports en commun, aujourd'hui en tout cas, note Sébastien Crozier. Nous regrettons qu'il n'y ait pas d'accompagnement ni d'étude d'impact sur les temps de transport. Nous plaidons pour le maintien de deux bâtiments dans deux zones distinctes... Par ailleurs, dès qu'il y a plus de 800 personnes sur un même site, on perd en efficacité opérationnelle car les gens ne se connaissent plus. On déménage pour favoriser une réduction des coûts mais si on perd en productivité sur le personnel, on perd les économies réalisées. »

La directrice régionale rappelle que la volonté du groupe est de « créer un environnement de travail pour l'ensemble des 1 400 salariés. Les cinq sites sont vieillissants, très énergivores et pas forcément adaptés aux besoins d'aujourd'hui. Ce déménagement est d'abord un projet d'entreprise et d'activité. Orange d'aujourd'hui ne ressemble pas à celui d'hier. Les normes immobilières ont évolué. Quand nous travaillons sur ce type de projet, nous regardons bien sûr l'implantation des salariés, leur lieu de travail et leur domicile : c'est ce que nous avons fait et j'y ai répondu dans le cadre des instances représentatives du personnel. 50 % des salariés travaillent aujourd'hui à quelques encablures de ce futur site. Nous regardons aussi les possibilités qu'offre la Métropole et toutes étaient dans le même secteur. Nous travaillerons avec le service de la Métropole pour construire un plan de déplacement d'entreprise adapté, en considérant les solutions existantes et les solutions nouvelles, en faisant la promotion du co-voiturage, du vélo électriques, etc. J'ai aussi pris cet engagement d'étudier chaque situation individuelle, en permettant par exemple le télétravail. Mais nous en sommes vraiment au tout début... »

* Résultats des élections professionnelles en novembre 2017 : 24,64 % CFDT (stable), 22,82 % CFE-CGC (en hausse), CGT 17,19 % (en baisse), Sud 14,98 %, FO 13,90 %, CFTC 5,25 % et autres 1,22 %.

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Commentaires
a écrit le 10/06/2018 à 23:59 :
Quelle est la crédibilité de ce pseudo syndicat qui ne défend jamais aucun salarié, ni même ses propres militants, et accueille en grande pompe le pdg s. Richard mis en examen pour détournement de fonds public dans ses incessants séminaires syndicalistes ? Cette échange Ping Pong bidon avec la Direction orange fait penser au récent fake de la cfe cgc orange à l ‘occasion du dernier télégramme d’orange avant la fermeture de ce service.
a écrit le 10/06/2018 à 11:08 :
Orange recommence a maltraiter ses salariés, pas de remplacement des départs avec une surcharge de travail, un management lourd et autiste avec un contrôle excessif sous couvert d'accompagnement, une augmentation du stress par le tout numérique, une mobilité des cadres qui amène une perte de la compétence et du carriérisme, un jargon rempli d'anglicisme qui se veut branché au détriment de la clarté, une réunionite aigu qui fait perdre un temps fou, une réorganisation permanente qui décourage et fait perdre du sens, une manie maladive au déménagement et de l'éclatement des équipes qui empêche toute solidarité.
a écrit le 07/06/2018 à 11:20 :
Est ce que lorsque un Salarié acquiert son logement il doit intégrer que ce sera son lieu de travail ... ?
Est ce que les Entreprises ne vont fonctionner qu'avec un siège prestigieux vide ?
est il exact de parler d'ouverture quand il s'agit de transformation de lieux existants.
Les emplois ne génèrent ils plus les clients ?
La recours aux emplois sous-traités n'est il plus cadré par la loi ?

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