Art Senufo : le musée Fabre dans les pas du Quai Branly

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(Crédits : DR)
Inaugurée vendredi 27 novembre au musée Fabre, l’unique étape européenne de l’exposition « Senufo - Arts et identités en Afrique de l’Ouest » veut marquer l’histoire de Montpellier et affirmer la maturité de son musée avec cette première occurrence sur l’art africain, dans les pas du Quai Branly.

Quelle différence entre « Les Demoiselles d'Avignon » de Pablo Picasso (1907) et un masque africain du XIXe siècle sculpté par un anonyme au fin fond de l'Afrique Subsaharienne ? L'un ne va pas sans l'autre, le maître de Malaga - au même titre que Man Ray, Fernand Léger, André Derain, etc. - ayant été profondément influencé par cette tradition artistique d'Afrique Occidentale dont les productions furent longtemps considérées comme « objets ethnographiques », avant d'être réhabilitées dans les années 1930 pour devenir « grands objets de l'art ».

« Les arts Senufo, nés dans un vaste territoire géographique allant de la Côte d'Ivoire au Burkina Faso en passant par le Mali, sont à l'origine de la création des avant-gardes artistiques des 30 premières années du XXe siècle. L'intérêt et l'attention que leur ont porté les artistes a créé un changement historique dans la perception des arts africains et de l'art Senufo en particulier », explique Constantin Petridis, commissaire de cette exposition du Cleaveland Museum of Art, dont Montpellier est l'unique étape européenne.

Une première européenne

Cette influence, identifiée plus tard par l'historien d'art moderne américain Robert Coldwater - qui reconnaît l'inspiration Senufo sur les célèbres "Demoiselles d'Avignon" - aboutira à une première exposition monographique dédiée à l'art Senufo, en 1963 au Museum of Primitive Art de New York. Puis plus rien, les derniers événements dévolus aux arts associés aux Senufo remontant à un quart de siècle (1988 à Zurich et 1990 à Berlin)... jusqu'à cette exposition internationale, du 28 novembre au 6 mars 2016 au musée Fabre de Montpellier.

C'est donc un pari de son directeur et conservateur en chef Michel Hilaire, qui souhaite ainsi asseoir la notoriété internationale de Montpellier « devant le succès jamais démenti du quai Branly. Le musée Fabre, compte-tenu de son aura internationale, avait la maturité nécessaire pour programmer une telle exposition ».

Aux origines de l'art

Masques, statues, objets, photographies, etc. Ce sont 160 objets, la plupart datés des XIXe et XXe siècles, qui offrent une plongée dans l'art Senufo (ou Sénoufo) figurant actuellement « l'un des arts les plus cotés et les plus convoités sur le marché de l'art contemporain », selon Constantin Petridis, qui cite en exemple un nouveau record (12 M€) battu pour une pièce acquise en 2014 lors d'une vente à New York.

«  Cet art est le plus souvent resté anonyme, au point qu'on a inventé pour certains de ces artistes des noms de convention à l'exemple du "maître de Folona", quand on reconnaissait leur style dans le corpus Senufo », explique le commissaire d'exposition.

Grandeur et  décadence d'un art primitif resté en marge des courants artistiques, dont la beauté stylisée est le plus souvent « tombée en des mains privées », ce qui explique l'éclectisme du fonds ici présenté, issu d'une constellation de collections privées et publiques : comme ce masque Heaume provenant de la collection particulière de Guy Laliberté, le fondateur du cirque du Soleil, ou cette autre pièce propriété de Pierre Matisse, le fils du peintre...

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