Viticulture : la mue éco-responsable du Château de Sérame

La nouvelle génération de la famille d’Exea, propriétaire d’un vaste domaine viticole dans l’Aude, nourrit l’ambitieux projet de transformer cette propriété viticole historique en un modèle de viticulture éco-responsable et durable. Elle y met les moyens.

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L'agropastoralisme dans les vignes du Château de Sérame.
L'agropastoralisme dans les vignes du Château de Sérame. (Crédits : Soufiane Zaidi)

Changement de paradigme au Château de Sérame à Lézigan-Corbières. Depuis 2015, cette propriété historique de la famille d'Exéa a amorcé sa mue : la belle endormie s'est peu à peu transformée en creuset d'innovation, expérimentant de nouvelles pratiques en phase avec la transition agro-écologique.

A sa tête, Anne Besse, descendante d'une des branches de la famille, a laissé tomber son activité d'expert-comptable pour reprendre les rênes de ce domaine viticole avec des idées bien arrêtées.

« J'ai l'envie de restaurer cette propriété, de lui redonner son aura d'antan en recréant ce lieu d'économie circulaire tel qu'il existait au 19eme siècle, mais avec les outils d'aujourd'hui. L'idée est d'en faire un site d'aventures humaine, environnementale et culturelle dans le respect les exigences agro-environnementales dictées par l'urgence climatique. »

Pendant 5 ans, une réflexion a été menée pour définir un projet stratégique et à partir de 2020, une équipe a été recrutée pour mettre en œuvre la stratégie retenue : transformer ce domaine de 600 ha dont 200 ha de vigne d'un seul tenant, en un « vrai incubateur éco-responsable ».

50 ha replantés en 2 ans

La mue a commencé par la rénovation du vignoble : 50 ha ont été replantés en 2 ans et depuis 2013, les 200 ha en production sont certifiés bio. A côté des cépages traditionnels de la région -Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan - ont été implantés des cépages plus atypiques : Vermentino, Malbec, Nelluccio. Des variétés résistantes aux maladies (mildiou et oïdium) - Muscaris, Souvignier gris, Soreli - ont également été plantées sur 10 ha, dans l'optique de réduire l'usage des pesticides.

La prochaine étape est déjà engagée avec la conversion cette année de 15 ha en biodynamie, dont le cahier des charges est encore plus restrictif : les vignes sont traitées uniquement avec des préparations biodynamiques et appliquées selon le calendrier lunaire.

« Nous espérons qu'à terme, nos tisanes de traitement proviendront de plantes produites sur le domaine », précise la néo-vigneronne.

Agroforesterie et agropastoralisme

Un projet d'agroforesterie est déjà sur les rails avec la plantation de 5000 arbustes et arbres fruitiers au sein du vignoble pour favoriser la biodiversité et attirer des prédateurs des insectes ravageurs de la vigne.

L'agropastoralisme est une autre piste explorée : un troupeau de 1000 têtes de brebis est lâché dans le vignoble en hiver, pour désherber les sols tout en les enrichissant en matière organique.

« On ne s'interdit rien. L'idée est de développement un pôle de production économiquement viable, tout en favorisant le renouvellement de l'environnement », poursuit la dirigeante.

4 millions d'euros pour le programme de rénovation

Restée longtemps sans investissement, la cave fait également l'objet de sérieuses rénovations. Le quai de réception a été refait, la cuverie a été revue : les énormes cuves en béton, adaptées pour la production de vins vendu en vrac, ont été divisées en contenants de plus petit volume, afin de vinifier séparément les différents terroirs et cépages du domaine.

Un dispositif de réutilisation des eaux de rinçage a été également mis en place pour minimiser la consommation d'eau, et des panneaux photovoltaïques seront prochainement installés sur un nouveau bâtiment pour réduire la facture énergétique et l'empreinte carbone.

Ce programme de rénovation, engagé en 2019, devrait arriver à terme en 2024. Il représente un investissement de 4 millions d'euros.

Rénovation du château

L'œnotourisme est un autre axe de développement au programme. En saison estivale, le grand public peut d'ores et déjà s'approprier le lieu grâce au food-truck, aux visites guidées et à la programmation de concerts.

Une nouvelle tranche d'investissement est programmée d'ici trois ans pour la rénovation du château et de ses 35 chambres, et l'implantation d'écolodges dans le parc.

« On ne vise pas le luxe. Notre idée est de faire de Sérame un lieu de bien-être et de reconnexion avec la nature, qui soit tout à la fois convivial, frugal en énergie, et respectueux de ce domaine qui nous est très cher. »

Aujourd'hui, le domaine qui, jusqu'en 2020, vendait toute sa production en vrac, développe progressivement ses ventes en bouteille. Une gamme d'une dizaine de références dans les trois couleurs est en cours de lancement, dont une partie est déjà référencée chez Biocoop.

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