Ce qu’Anne Hidalgo est venue dire aux Journées parlementaires du PS à Montpellier

Trois jours de réflexion partagée entre députés et sénateurs du Parti socialiste se déroulent les 6, 7 et 8 septembre à Montpellier, accueillis par le maire PS Michaël Delafosse. Ce 7 septembre, c’est Anne Hidalgo qui était attendue pour échanger avec les parlementaires et profiler le programme présidentiel du PS. Même si l’élue parisienne ne s’est pas encore officiellement déclarée, tout démontre son ambition…
Cécile Chaigneau

8 mn

Anne Hidalgo était à Montpellier pour les journées parlementaires du PS les 6,7 et 8 septembre 2021, accueillie par le maire Michaël Delafosse, Valérie Rabault (présidente du groupe socialistes et apparentés à l'Assemblée nationale) et Patrick Kanner (chef du groupe socialistes, écologistes et républicains au Sénat).
Anne Hidalgo était à Montpellier pour les journées parlementaires du PS les 6,7 et 8 septembre 2021, accueillie par le maire Michaël Delafosse, Valérie Rabault (présidente du groupe socialistes et apparentés à l'Assemblée nationale) et Patrick Kanner (chef du groupe socialistes, écologistes et républicains au Sénat). (Crédits : Cécile Chaigneau)

Les Journées parlementaires du Parti socialiste se tiennent à Montpellier depuis le lundi 6 septembre et jusqu'au 8 septembre. Trois jours durant lesquels députés et sénateurs PS échangent et réfléchissent ensemble à l'élaboration d'un programme socialiste pour les élections présidentielles et législatives de 2022. Trois jours qui marquent ainsi « le début de la course de fond pour la présidentielle de 2022 », a lancé Valérie Rabault, députée de Tarn-et-Garonne et présidente du groupe socialistes et apparentés à l'Assemblée nationale.

Mais si la course est lancée, tous les candidats ne sont pas pour autant connus... La maire PS de Paris, Anne Hidalgo, était la guest star de ce 7 septembre. Si elle n'a toujours pas confirmé officiellement sa candidature, la tonalité de ses propos et certaines petites phrases qui émaillent son discours signent pourtant une intention (et une ambition) réelle. Indubitablement, Anne Hidalgo veut fixer un cap et opposer une alternative. Valérie Rabault, Patrick Kanner, le chef du groupe socialistes, écologistes et républicains au Sénat, ainsi que le maire de Montpellier Michaël Delafosse ont d'ailleurs renouvelé leur soutien à l'élue parisienne en ouverture de ces Journées parlementaires.

En attendant, elle est donc venue rappeler les enjeux et les défis majeurs de ces élections, exposer ses propositions et répondre aux questions des parlementaires.

« Ni hésitation, ni coquetterie »

Concernant le tempo de cette candidature, Anne Hidalgo assure que si elle ne s'est pas encore déclarée, « ce n'est ni de l'hésitation ni de la coquetterie, mais on ne peut rien faire de grand sans la construction de fondations nouvelles. Nous avons un réseau d'élus impressionnant, connectés à la vie des gens. Il faut écouter tous ceux qui ne croient plus en la politique, qui s'abstiennent, qui disent que la gauche s'est éloignée.... J'ai beaucoup d'enthousiasme et d'énergie. Nous ne sommes pas seuls et je ne serai pas seule (sic) ».

Comme pour gommer l'image d'un parti en perte de vitesse, l'élue réaffirme son engagement socialiste : « Cette rentrée parlementaire montre le choix de la fidélité aux valeurs de cette grande famille de la gauche, du PS. Après 2017, c'était plus compliqué de venir devant les citoyens porter une parole. Je suis fière d'être socialiste dans ce chambardement de 2017 ». Et elle inscrit sa première promesse, celle d'égalité républicaine « en panne depuis quelques années ».

« Se pencher sur les protections du travail 2.0 »

Sa deuxième pensée est pour le travail.

« Cette question reste fondamentale. Mais les modes de travail changent : ubérisation, travailleurs indépendants, digitalisation,... Aujourd'hui, il faut se pencher sur les protections du travail 2.0. L'enjeu majeur des mois qui viennent - et je le dirai et le redirai dans les prochains mois (sic) - c'est d'arriver à transformer notre économie pour répondre à la question de la transition écologique sans sacrifier personne. L'économie ultra-carbonée, c'est fini. Les cinq ans qui viennent seront décisifs en matière de transition écologique et démocratique. »

Anne Hidalgo se dit d'ailleurs favorable à la proposition du député de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier de « réformer l'entreprise pour aller vers de la co-détermination, vers la certification publique de la responsabilité sociale et environnementale, et vers le partage de la valeur entre le capital et le travail ».

« C'est un sujet majeur », répond l'édile parisienne, qui propose aussi de « regarder les propositions de certaines organisations syndicales, comme la CFDT, ou du Pacte du pouvoir de vivre (lancé par Nicolas Hulot et plusieurs ONG, NDLR). Il y a du dialogue à instaurer entre secteurs ou entre catégories sociales qui ne se parlent plus. »

« Redonner de la respiration à la démocratie »

Selon la « presque » candidate PS, « ce dialogue passera par une République plus décentralisée » : « Il faut réengager la société française, la considérer comme une population adulte et non infantilisée. Ça doit passer par une autre organisation du pouvoir, par une 5e République plus engageante et plus inclusive... ».

Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret, pointe un système parlementaire « à bout de souffle », « une présidence verticale, substitution de l'exécutif au législatif » et une réforme constitutionnelle inexistante sous la présidence Macron.

« Je ne suis pas pour une 6e République, ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas des changements importants, répond l'élue socialiste. Mais un parlement qui ait plus de pouvoir, avec un rôle de parlement, oui ! La décentralisation doit redonner de la respiration à la démocratie. Il faut réduire les pouvoirs de nomination du Président de la République et sortir de cette verticalité. »

« Je ne suis pas l'incarnation des élites »

Interrogée par Rémi Cardon, sénateur de la Somme, sur la question des inégalités territoriales, Anne Hidalgo rappelle que « notre famille porte cette idée que le service public est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas. On n'en a jamais eu autant besoin ! Sur la santé, c'est un sujet fort qu'il faut reprendre car la crise Covid a montré ses manques ».

Mais l'édile parisienne pourrait-elle être encombrée d'une image justement trop parisienne, trop élitiste, trop près du pouvoir central et trop éloignée des autres territoires français ?

« On est allé au bout du bout de nos finances locales, d'un système de recentralisation, répond-elle. On ne peut pas être dans un système d'allégeance, au bon vouloir de l'exécutif ! Souvent, on confond Paris, lieu des pouvoirs politiques, économiques, etc., et le peuple de Paris ! Je ne suis pas l'incarnation des élites. Je suis très à l'aise avec cette question parisienne, et c'est un atout de pouvoir afficher une expérience de gestion à cette échelle. Car croyez-moi, dans les cinq ans qui viennent, il vaudra mieux éviter les improvisations ! »

« Il faut un grand plan logement »

Jean-Luc Fichet, sénateur du Finistère s'inquiète du phénomène, accéléré par la crise sanitaire du Covid, des urbains qui fuient les villes pour les campagnes, et des conséquences notamment sur les marchés immobiliers.

« Est-ce que le fait que ça se desserre dans les centres urbains est une bonne chose ? Oui, y compris pour Paris, affirme Anne Hidalgo. Il faut, aujourd'hui, intégrer la question du télétravail, de l'organisation du travail, si tant est qu'il y ait des liaisons ferroviaires et du réseau fibre, donc des infrastructures. Ce qui pose la question du logement : les centres urbains manquent de logements et sont en tension sur les logements abordables, et sur certains territoires, le logement redevient une denrée recherchée grâce au télétravail. Il y a donc un grand plan logement à travailler. Ça doit être une coordination entre un niveau central et celui des maires. »

« Les ENR produites et utilisées de façon décentralisée »

Sur les questions de production d'électricité, mise sur la table par Angèle Préville, sénatrice du Lot, qui regrette notamment « un développement anarchique des énergies renouvelable qui créent de l'inacceptabilité », Anne Hidalgo réaffirme sa position en faveur de la sortie du nucléaire « aussi vite qu'on sera capables d'avoir une indépendance sur les énergies renouvelables qui, aujourd'hui, bousculent les énergies fossiles et peuvent être produites et utilisées de façon décentralisée. Ce qui changera beaucoup de choses, car c'est une rupture avec les modèles très centralisés. Les régions, les territoires sont un point d'appui de ces discussions, pour un développement très concret de la réindustrialisation du pays à partir notamment des questions de transition énergétique ».

« L'Europe, c'est notre horizon »

Enfin, sur la question européenne, la future candidate se redit favorable à une Europe « plus citoyenne, plus respectueuse, qui accompagne ce mouvement de décentralisation et de reprise du pouvoir sur leur vie par les concitoyens européens ».

« L'Europe, c'est notre horizon, notre espace commun. Le couple franco-allemand doit être un moteur... Dans un monde à l'organisation géopolitique différente, avec les deux blocs États-Unis et Chine, avec le chaos de la décision de Joe Biden de quitter l'Afghanistan dans ces conditions, tout cela suppose qu'il y ait une Europe forte, d'où l'idée d'une Europe de la défense à laquelle je suis favorable. Il faut que la France et l'Europe reprennent le leadership sur les grands sujets comme le climat. (...) La présidence française du Conseil de l'Union européenne (du 1er janvier au 30 juin 2022, NDLR) va coïncider avec les cinq mois de la campagne présidentielle, ce n'est pas un hasard ! Mais nous avons une autre voix à apporter. Il faudra travailler avec nos partenaires socio-démocrates progressistes des autres pays européens. Et construire notre propre agenda européen de la campagne présidentielle avec nos alliés. Si vous regardez la note que le gouvernement français a envoyé à Bruxelles pour le plan de relance, c'est de l'austérité qui nous est promise aujourd'hui ! »

Cécile Chaigneau

8 mn

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Commentaires 5
à écrit le 08/09/2021 à 10:48
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Les socialos toujours à côté de la plaque mais c'est fait exprès pas pour perdre mais au cas où ils gagnent en faisant de bons toutous des marchés financiers eux-aussi.

à écrit le 08/09/2021 à 9:55
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Tout ça, pour au second tour, se la jouer "front républicain" et faire élire la droite marconienne. ça va toujours dans ce sens d'ailleurs.

à écrit le 08/09/2021 à 9:33
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Aucune confiance comme son ami! Manu mi espagnol mi français la girouette de la nationalité ?

à écrit le 08/09/2021 à 2:39
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Delafosse au ps, tout est dit.

à écrit le 07/09/2021 à 19:50
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Ce qu'on voudrait surtout c'est que les actes, ensuite, suivent les paroles. Ceci est valable pour tous les candidats.

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