Inondations dans l’Aude : "Oui, l’alerte a été donnée dans les temps ! " (Alix Roumagnac)

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La salle de vigie chez Predict Services (à droite : Alix Roumagnac).
La salle de vigie chez Predict Services (à droite : Alix Roumagnac).
Après les tragiques inondations qui ont fait 14 morts, 75 blessés et un disparu dans l’Aude, est venu le temps des questions. L'une d'elles, principalement, tourne en boucle : l’alerte a-t-elle été donnée assez tôt ? A Montpellier, le fondateur et dirigeant de Predict Services, dont les équipes ont œuvré toute la nuit de dimanche à lundi, répond « oui ».

Sacs à dos échoués, paquets de biscuits éventrés, tasses de café vides... Dans les locaux de Predict Services à Castelnau-le-Lez (à côté de Montpellier), spécialisée dans le risque hydrométéorologique (actionnaires : Météo France, Airbus Defence  & Space et le groupe régional BRL), la salle « vigie » porte encore les stigmates de la gestion de crise qui s'est jouée dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 octobre, alors qu'un épisode méditerranéen de type cévenol s'abattait sur l'Aude, au nord de Carcassonne, faisant au total 14 morts, 75 blessés et un disparu.

En quelques heures, l'équivalent de trois à quatre mois de pluie est tombé sur ce coin de l'Aude, classant cet épisode parmi les intempéries les plus meurtrières sur les dix dernières années en France.

Une question tourne en boucle dans les médias, depuis la fin de l'épisode : l'alerte a-t-elle été donnée suffisamment tôt ?

Une suspicion qui affecte particulièrement les équipes de Predict Services, qui ont bataillé toute la nuit pour alerter et accompagner les élus audois dans le déploiement des plans communaux de sauvegarde (PCS). Ce 18 octobre, elles sortent d'une réunion de débriefing, les mines défaites.

Équipes renforcées

Alix Roumagnac, le fondateur et dirigeant de Predict Services, lui aussi visiblement affecté, n'a pas réagi jusqu'alors mais ne peut laisser dire plus longtemps que l'alerte n'a pas été donnée dans les temps. Et refait le film à l'envers.

« La semaine dernière, nous avons géré les épisodes pluvieux du Var, puis le samedi, c'est l'ouragan Leslie qui était annoncé sur le Portugal et l'Espagne, et la tempête post-tropicale Michael qui traversait l'Atlantique en direction de l'Espagne, rappelle-t-il. Ces éléments ont légèrement perturbé le modèle météo mais dans le courant du week-end, Météo France a vu nettement qu'un événement allait toucher le sud de l'Occitanie dans la nuit de dimanche à lundi. Dès le samedi, j'ai mis les équipes en trois-huit. Et dès le dimanche, nous étions en configuration de permanence vigie. »

Il sort alors les documents traçant le déroulé des événements par communes, martelant fermement les heures auxquelles les alertes ont été lancées auprès des maires et des habitants.

« La niveau "vigilance", qui invite le maire à vérifier la disponibilité des équipes, a été activé dès le dimanche matin, à 10h50, raconte-t-il. Tout laissait à penser que l'événement démarrerait à 3 h du matin et finirait vers 10 ou 11 h pour se décaler vers l'Hérault. Mais au vu de ce qui s'affichait, nous avons porté une attention particulière et mis en place une double surveillance. Et en effet, le dimanche à 22 h, nous remarquons que cela pourrait démarrer plus tôt et nous renforçons les équipes dès le début de la nuit. »

250 000 SMS envoyés

Le dirigeant prend alors l'exemple de la commune d'Aragon, au nord de Carcassonne, l'une des commune les plus en amont de l'épisode : « A 23h44, nous faisons passer Aragon et une vingtaine de communes au nord de Carcassonne au niveau supérieur "mobilisation", et nous envoyons un SMS aux maires et, en même temps, un SMS aux habitants de ces communes via leurs compagnies d'assurance (Groupama, Generali, Aviva et Axa, qui ont contractualisé avec Predict Services pour prévenir leurs assurés en cas d'épisodes météorologiques, NDLR). A 00h20, nous vérifions auprès des maires par téléphone que les SMS ont bien été reçus. A 2h30 du matin, nous activons le 3e niveau, "sécurité", pour pluies fortes stationnaires et risque fort d'inondation. Derrière, les équipes appellent sans relâche. Par exemple, à Aragon, on nous dit que trois personnes ont déjà été évacuées en prévision, alors que l'eau n'est pas encore dans les rues. Enfin, le niveau "sécurité maximale", rarement déclenché, est activé à 3h42 sur une vingtaine de communes ».

Alix Roumagnac précise que 250 000 SMS ont été envoyés au cours de cet épisode. Les acteurs locaux concernés tel que le SDIS, la préfecture, le Conseil départemental des routes, le SMMAR (Syndicat mixte des milieux aquatiques et des rivières, créé dans l'Aude après la tempête de 1999) pouvaient suivre sur leur extranet Predict Services les évolutions de l'épisode, l'activation des alertes et le déploiement des PCS.

« Alors oui, l'alerte a été donnée, et oui, les maires ont agi et ont sauvé des gens ! Mais il est vrai que le fait que l'épisode ait eu lieu un dimanche et en pleine nuit a constitué une difficulté pour la mobilisation des équipes municipales, d'autant plus dans les petites communes qui ont peu de moyens... »

Comment toucher les citoyens les plus fragiles ?

Sur cet épisode, Alix Roumagnac souligne que Predict Services a accompagné 600 communes dans l'Aude, les Pyrénées-Orientales, l'Hérault et le Tarn, en activation des PCS.

Tandis que l'Aude panse ses plaies, le retour d'expérience va maintenant livrer ses rapports. Il prendra notamment la forme d'un rapport d'événements factuel chez Predict Services. Alix Roumagnac réfléchit déjà à de possibles réponses.

« Sur le plan technique, il faut voir comment toucher les citoyens les plus fragiles, comme des personnes âgées qui n'ont pas de téléphone portable, au beau milieu de la nuit. La première réponse est sociétale : il faut que la solidarité qui se joue au lendemain de l'événement se joue aussi la veille pour s'assurer que tout le monde est bien informé. Il faut par exemple qu'il y ait des référents de quartier dans chaque PCS. L'autre réponse est technologique : peut-on tout simplement envisager de mettre des boîtiers connectés avec une lumière rouge et une sirène chez les personnes âgées ? »

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Commentaires
a écrit le 22/10/2018 à 19:48 :
Les météorologues sont incapables de prédire les phénomènes atypiques : tout simplement car ils ne peuvent pas recaler et bricoler leur codes de calculs ...
J'ai eu l'occasion de discuter une seule fois avec un prévisionniste Météo-France qui affirmait prévoir le temps à partir de résultats non convergés (i.e. les codes de calculs ne vont pas vers un résultats et sont incapables de réduire les erreurs de calculs intermédiaires)

D'où nombres d'alerte "orange" quand ces diseurs de bonne aventures ont des doutes ! Mais une alerte "rouge" qui arrive quand les gens sont déjà les pieds dans l'eau...
Réponse de le 24/10/2018 à 21:51 :
désolé mais vos a priori sont hors sujet. les diseurs de bonne aventure comme vous dites avaient annoncés plus de 100mm en plaine et plus de 200 sur le relief. comme vous etes un homme brillant vous savez certainement calculer avec ces deux valeurs la quantité de m3 qui va s'écouler sur un bassin versant comme celui de l'Orbiel ou l'Alzou voire même comment le canal du midi peut deborder du cote de Villemoustausou ou de Trebes. Il faut arrêter avec ces commentaires stupides. la vigilance n'est pas une "alerte" c'est vous qui ne savez pas faire la différence entre une probabilité et une prévision. La vigilance met en éveil et ce qui a été très largement fait sinon c'est par centaine qu'il y aurait eu des morts. J'en aurai beaucoup à dire sur le sujet mais j'en reste là.
a écrit le 19/10/2018 à 5:12 :
Dans les communes sans moyens financiers il estpossible d'avertir les habitants a l'aide d' un moyen tres simple. Plusieurs pylones repartis sur la commune equipes de puissants megaphones. Cette mesure existe au Japon, Coree, et bien d'autres contrees. Extremement efficace, tout le monde est avise a la minute et agit en consequence. En France on continue de se poser des questions. Un pays centralise sans corps.
Réponse de le 19/10/2018 à 14:55 :
Bonjour, pour les pylônes et les haut-parleurs de nombreuses communes en ont déjà et il existe des réseaux de sirènes notamment dans les zones soumises aux risque de rupture de barrage. Mais demandez dans ces communes, vous verrez aussi des inconvénients: impossible d'entendre les messages suivant le sens du vent, le bruit de la pluie, le double vitrage. Quid de la solution quand il n'y a plus d'électricité, plus de réseaux? La solution est de croiser les moyens d'alerte: SMS, appels ciblés, porte à porte, ça coûte bien moins cher qu'un réseaux de pylône et vous savez qui à eu l'info et qui est dans le besoin.

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