A Montpellier, les Rencontres internationales du livre audio vont interroger les pratiques de ce marché en plein boom

La manifestation Audiolive, Rencontres professionnelles internationales du livre audio, se tiendra ce 28 janvier en format 100% numérique depuis Montpellier. Une première sur un marché en forte croissance partout dans le monde, qui va interroger les questions des formats, de la distribution, de la protection des œuvres ou encore du modèle économique.
Cécile Chaigneau

6 mn

Début 2021, plus d'un Français sur quatre (26%) avait déjà lu un livre numérique, soit près d'un million de lecteurs de plus en douze mois (13,8 millions), et près d'un Français sur cinq (19%) avait déjà écouté un livre audio physique ou numérique (9,9 millions).
Début 2021, plus d'un Français sur quatre (26%) avait déjà lu un livre numérique, soit près d'un million de lecteurs de plus en douze mois (13,8 millions), et près d'un Français sur cinq (19%) avait déjà écouté un livre audio physique ou numérique (9,9 millions). (Crédits : DR)

Audiolive, Rencontres professionnelles internationales du livre audio, se tiendra ce 28 janvier. Éditeurs, créateurs, réalisateurs, distributeurs mais aussi bibliothèques ou médiathèques, c'est toute la filière professionnelle du livre audio qui se donne rendez-vous pour la première fois, dans un format 100% online (Covid oblige) depuis Montpellier.

Audiolive veut aborder les sujets clés autour du développement de cette filière montante du livre. Selon le dernier baromètre Médiamétrie sur les usages du livre numérique et audio, « début 2021, plus d'un Français sur quatre (26%) avait déjà lu un livre numérique, soit près d'un million de lecteurs de plus en douze mois (13,8 millions), et près d'un Français sur cinq (19%) avait déjà écouté un livre audio physique ou numérique (9,9 millions). L'année 2020 (marquée par des périodes de confinement, NDLR) a converti nombre de nouveaux lecteurs : 26% des lecteurs de livres audio numériques le sont depuis moins d'un an (21% pour le livre audio physique et 15% pour le livre numérique) ».

« Tous les majors sont sur le sujet »

Si la manifestation est organisée par la Fédération des Aveugles de France Languedoc-Roussillon (FAF-LR), elle a vocation à adresser un marché bien plus large que les seules personnes déficientes visuelles.

« Notre idée première, c'est de faire de l'intégration à l'envers, lance ainsi Thierry Jammes, le président de la FAF-LR et vice-président de la FAF au niveau national. Le livre audio est destiné au départ à la déficience visuelle mais le grand public s'en est emparé. Depuis deux ans, le secteur enregistre une augmentation du chiffre d'affaires de 35% au niveau mondial. Le livre audio connaît une expansion phénoménale et tous les majors du secteur sont sur le sujet ! »

Un engouement qui ravit la communauté des personnes déficientes visuelles qui espère bien voir grandir l'offre encore aujourd'hui insuffisante. L'offre de qualité, encore faible, est compensée par une offre plus pléthorique mais moins qualitative, ayant notamment recours à la voix de synthèse.

Car le coût d'un livre audio de qualité est onéreux : « Fabriquer un livre audio peut coûter entre 10.000 et 50.000 euros en raison du temps passé, de la prestation du narrateur et des ingénieurs du son, etc. », précise ainsi Laurent Le Meur, directeur technique du European digital Reading Lab (EDRLab). Ce laboratoire international de développement à but non lucratif œuvre pour le déploiement dans le monde entier d'un écosystème de publication numérique ouvert, interopérable et accessible. Il est financé par des contributions publiques et privées, notamment du SNE, du Centre national du livre, du Cercle de la librairie et des groupes Editis, Hachette Livre, Madrigall et Media-Participations.

« Le marché du livre audio est un marché qui croît de deux chiffres tous les ans, du jamais vu dans le monde du livre, ajoute Laurent Le Meur. Il y a donc de gros enjeux derrière. Ce qui retient les éditeurs, c'est le coût. Je dirais qu'il existe moins de 10% des livres qui existent en version audio. »

Le W3C et l'UNESCO

Les organisateurs d'Audiolive veulent aborder les questions des formats, de la distribution, de la protection des œuvres ou encore du modèle économique. Mais l'approche du marché du livre audio ne peut pas être seulement nationale mais mondiale. Afin de peser sur ce marché et faire bouger les choses, ils ont invité une cinquantaine d'intervenants, dont certains d'envergure internationale. Pour la première édition de cette manifestation, qui a vocation à se renouveler tous les ans ou tous les deux ans, les organisateurs ont ainsi reçu le soutien de la Région Occitanie, de EDRLab, de la Fédération des Aveugles de France, du W3C (World Wide Web Consortium, organisme mondial de standardisation du web) et de l'UNESCO dans le cadre de la semaine du son.

« Wendy Reid, co-présidente du groupe de travail sur l'édition du W3C et responsable des normes d'accessibilité et de publication chez Rakuten Kobo Inc. sera là, ainsi que Laurent Le Meur de l'EDRLab, ou Fernando Pinto Da Silva, président de Daisy France, le consortium qui travaille sur la création du meilleur moyen de lire et de publier pour tous, annonce Thierry Jammes. Mais aussi Amazon pour Audible, et le directeur du son à l'UNESCO. Nous voulons peser dans le réseau en faveur d'un livre audio de qualité, accessible sur tous les supports. Nous voulons réunir des professionnels de ce marché qui ne travaillent pas forcément ensemble et insuffler une organisation. »

Promouvoir un standard ouvert

Audiolive va ainsi aborder une question cruciale : les formats, autrement dit les langages utilisés par les éditeurs de livre audio.

« L'ERDLab est un laboratoire d'études commun, monté en association professionnelle et géré par des professionnels du monde du livres, notamment les grands groupes d'édition français comme Hachette, Flammarion ou Albin Michel, et qui travaille à l'échelle de l'Europe, explique Laurent Le Meur. Nous contribuons à la création de logiciels libres pour la chaîne de l'édition. Nous travaillons sur des standards ouverts, en alternative aux grosses plateformes propriétaires d'Amazone ou de Google par exemple, sur le livre numérique en général et sur le livre audio en particulier. Les standards se développent dans ce domaine, c'est le cas du format de livre numérique ePub, un format open-source (développé par l'International Digital Publishing Forum, consortium de l'industrie de l'édition, NDLR) qui existe depuis une quinzaine d'années et qui est aujourd'hui le plus utilisé par les professionnels à l'échelle mondiale. Pour le livre audio, ce standard ouvert existe : il s'agit de l'Audio-Book, créé par le W3C. Il est prêt depuis environ un an, mais personne, chez les éditeurs ou les distributeurs de livre audio, ne s'en est emparé. Pourtant, ce sera un facilitateur. Ça permet par exemple de nommer les pistes, les chapitres, de diviser les chapitres en sous-parties ou d'ajouter l'image de la couverture du livre... Tous les acteurs sur la chaîne du livre sont intéressés mais le marché a appris à se débrouiller sans et les gens se sont habitués. Quant aux GAFAM, ils ont leurs propres règles et les gens qui fournissent les fichiers audio doivent suivre ces règles. »

La promotion de ce standard du livre audio sera donc l'un des points forts des Rencontres Audiolive : « Utiliser ce standard permettrait de fluidifier les échanges sur la chaîne du livre audio comme l'a fait ePub sur le livre numérique... Nous espérons toucher des professionnels comme Audible ou Kobo (groupe Rakuten, NDLR) par exemple, qui vont intervenir sur les Rencontres Audiolive, ce qui prouve bien leur intérêt », souligne Laurent Le Meur.

Cécile Chaigneau

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