Yannick Jadot : "Les entreprises doivent être nos alliées"

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Yannick Jadot, invité par les entreprises partie prenante du projet, a visité le site MIREIO, qui met en oeuvre une solution innovante de rénovation énergétique du bâtiment (à ses côtés : Agnès Langevine et Clothilde Ollier).
Yannick Jadot, invité par les entreprises partie prenante du projet, a visité le site MIREIO, qui met en oeuvre une solution innovante de rénovation énergétique du bâtiment (à ses côtés : Agnès Langevine et Clothilde Ollier). (Crédits : Cemater)
Elles travaillent dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique ou la construction durable. Le 8 novembre dernier, ces PME ont profité du passage de l’eurodéputé écologiste Yannick Jadot à Montpellier pour évoquer les enjeux de leurs métiers. Une rencontre émaillée de questions, de témoignages et de revendications des chefs d’entreprises. Et l’occasion pour l’élu de dire son attachement aux entreprises.

Les Verts font un appel du pied aux entreprises... Le 8 novembre dernier, en déplacement à Montpellier pour soutenir la candidature EELV de Clothilde Ollier aux prochaines élections municipales, l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot a rencontré quelques entreprises régionales spécialisées notamment dans les énergies renouvelables, la rénovation énergétique des bâtiments ou l'écoconstruction.

L'écologiste porte un discours très pro-entreprise et revendique son soutien au monde économique.

« Dans cette transition écologique que nous portons, il faut absolument mobiliser les entreprises, analyse-t-il. Elles doivent être nos alliées. Si on porte la relocalisation de l'économie, c'est parce que la fracturation territoriale, la fracturation sociale sont liées à la question des services publics mais aussi à celle du tissu économique. Or notre projet remet de l'activité économique là où parfois il n'y en a plus beaucoup, et la développe là où il y en a déjà. Les chefs d'entreprises sont des créateurs, ils ont intégré la question des ressources, des impacts, ils en font de l'innovation, de l'emploi. Il faut les soutenir ! Ceux qui gouvernent aujourd'hui les flattent mais les laissent en marge des politiques publiques. Nous, nous voulons les mettre au cœur des politiques publiques ! »

L'enjeu de l'acceptabilité locale

Accueilli le 8 novembre dernier à Montpellier par Stéphane Bozzarelli, président de Cemater (réseau fédérant les entreprises des secteurs des énergies renouvelables et de la construction durable en région Occitanie) et directeur développement Méditerranée d'Eolfi (spécialisé dans l'éolien flottant, sur le point de passer dans la galaxie Shell et qui ouvrira un bureau le 2 décembre à Montpellier), Yannick Jadot a donc déjeuné avec une poignée de chefs d'entreprises.

Parmi elles, Valorem, opérateur spécialisé dans les installations de production d'énergie renouvelable (centrales photovoltaïques, hydroélectriques et éoliennes) dont le siège social est à Bègles (33) et qui compte notamment une agence à Carcassonne (11), ou Apex Énergies, producteur montpelliérain indépendant d'énergies renouvelables.

 « Aujourd'hui, nous travaillons sur la question du repowering pour l'éolien terrestre, fait observer Stéphane Bozzarelli. L'objectif serait de créer une plate-forme en 2020, et de voir par exemple si l'entreprise Eco-Tech Ceram (basée à Rivesaltes, conceptrice de solutions pour valoriser les chaleurs fatales des industries par le stockage de l'énergie, ndlr) pourrait récupérer les matériaux à recycler... Sur ce secteur des énergies renouvelables, l'enjeu, c'est l'acceptabilité locale. En Occitanie, seules 3 autorisations ont été accordées depuis 2015 sur l'éolien terrestre, pour une cinquantaine de demandes ! Et sur l'Hérault, aucun permis solaire en 2018 pour une quinzaine de demandes. Pourtant, on discute avec la préfecture... Mais les services de l'État ne font qu'une lecture négative des choses ! Ils ne sont pas dans l'accompagnement. »

« Joker », répond autour de la table Agnès Langevine, vice-présidente de la Région Occitanie (en charge de la transition écologique et énergétique, de la biodiversité, de l'économie circulaire et des déchets) et candidate EELV aux municipales 2020 de Perpignan...

Un parking durable multiservices

Chez Cemater, les entreprises travaillent ensemble à un projet, que Stéphane Bozzarelli détaille à Yannick Jadot : « La notion d'offre collaborative pour attaquer des marchés existe depuis longtemps chez Cemater mais nous n'avions pas d'offre différentiante. Nous avons élaboré une solution innovante : un parking durable multiservices, à destination des parkings en accès publics, des parkings-relais, des parkings d'entreprise ou des grandes surfaces, des parkings de covoiturage. L'idée serait d'amener du service (par les entreprises adhérentes de Cemater, NDLR) créant de la valeur : du photovoltaïque, des bornes de recharge pour les véhicules électriques, des bornes wifi, des petits bâtiments pour faire de l'info tourisme ou de la vente de produits locaux. Nous prévoyons d'y ajouter du numérique avec une application dédiée. Cette idée est mature aujourd'hui et nous cherchons comment transformer l'essai. Nous sommes entrés à la pépinière Innovosud de Béziers, avec l'objectif de créer une spin-off de Cemater qui commercialiserait le produit. Notre enjeu est maintenant de trouver un porteur de projet qui ait envie de s'impliquer et de créer son entreprise courant 2020 ».

Attention au mauvais signal

Dans le secteur de la construction, Sylvain Fourel, P-dg de Selvea (conception de bâtiments modulaires bois à Vendargues, 34) évoque la réglementation thermique en préfiguration actuellement : « On va prendre en compte le coût d'extraction des matières premières et donc enfin la consommation d'énergie d'un bâtiment sur l'ensemble de son cycle de vie ! Mais le problème, c'est qu'on n'est pas sûrs que le stockage carbone des bâtiments sera pris en compte dans cette réglementation. Si ce n'est pas le cas, on va vraiment rater une grosse occasion d'améliorer les choses ! Ce serait un mauvais signal envoyé ».

Yannick Jadot est d'ailleurs allé ensuite visiter le chantier MIREIO, un consortium d'entreprises (dont Selvea, mais aussi le bureau d'études montpelliérain [email protected] et l'Atelier d'architecture méditerranéen GA) qui a mis au point une solution innovante de réhabilitation énergétique d'un bâtiment tertiaire par l'extérieur grâce à une vêture bois « intelligente », dotée de divers équipements de gestion et d'optimisation énergétique.

« L'hommage du vice à la vertu »

L'entreprise Everlia, installée à Saint-Thibéry (34) et qui construit maisons et bâtiments sur la base de containers maritimes recyclés pour des particuliers mais de plus en plus pour des collectivités, industrialise son procédé et ambitionne d'ouvrir une nouvelle usine en 2021, probablement sur le territoire biterrois. Son dirigeant Alain Krzyzanowski pointe une faille : « Nous avons besoin d'avoir des hommes politiques qui sont dans l'action, et pas seulement pour donner des bonnes idées dans les médias ! On parle de sauver la planète, on est au-dessus du gouffre, et on continue à parler ! Nous, chefs d'entreprises, avons besoin qu'on ne traîne pas la patte quand on innove. Mes collaborateurs viennent de partout, on attire des compétences, mais le désir ne suffit plus, il faut des gens derrière nous qui soient dans l'action ! Heureusement la Région nous soutient... ».

« On est là car si on veut exercer des responsabilités, c'est parce qu'il y a cette urgence-là, répond Yannick Jadot. On est trop souvent dans l'hommage du vice à la vertu ! Quand les scientifiques nous disent qu'on a 10 ans, ça veut dire qu'il faut mettre le paquet dès 14 heures (paroles prononcées à midi, NDLR) ! On n'est pas seulement des aiguillons médiatiques, il faut qu'on mette les mains dans le cambouis. Quand il y a bagarre au niveau européen sur les objectifs - CO2, voitures, etc. - tout le monde est pour, mais au moment du vote, il n'y a plus personne ! On a mené un combat énorme sur l'éolien offshore. A force, même l'Etat s'est dit qu'on allait être jugé dessus. Mais quelle énergie passée ! Soyez bien conscient que cette bataille-là, c'est tous les jours. Tant mieux si tout le monde parle d'environnement, d'énergies renouvelables, mais la bataille maintenant, c'est d'aller vite ! »

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