Bedycasa, la plateforme collaborative d’hébergement qui veut exister à côté d’Airbnb, renaît de ses cendres

Née à Montpellier en 2007, rachetée en 2017 et liquidée en 2019. Le destin de Bedycasa, plateforme numérique d’hébergement chez l’habitant, a connu une trajectoire chahutée sur un créneau ultra-concurrentiel. Mais sa fondatrice, Magali Boisseau-Becerril, n’a jamais renoncé : elle revient sur le devant de la scène et relance Bedycasa. Sous quelle forme, avec quelles exigences et quelles ambitions ? Histoire d'une renaissance.
Cécile Chaigneau

7 mn

Quatre après le rachat de sa société et un peu plus de deux ans après sa liquidation judiciaire, Magali Boisseau-Becerril relance Bedycasa, plateforme d'hébergement chez l'habitant.
Quatre après le rachat de sa société et un peu plus de deux ans après sa liquidation judiciaire, Magali Boisseau-Becerril relance Bedycasa, plateforme d'hébergement chez l'habitant. (Crédits : DR)

Audacieux ? Ambitieux ? Idéaliste ? Le projet de Magali Boisseau-Becerril de relancer Bedycasa, plateforme numérique d'hébergement chez l'habitant est, pour le moins, signe d'une grande croyance dans la philosophie du concept, d'une réelle obstination et d'une belle résilience. Car la jeune entrepreneuse, qui annonce son retour sur la scène numérique de l'hébergement touristique, revient de loin.

Bedycasa avait été créé à Montpellier en 2007, soit un an avant le géant américain Airbnb, rappelle volontiers la jeune entrepreneuse. En 2014, alors que 4 millions de volume de ventes sont prévus à fin 2014, elle réalise une levée de fonds avec un fonds d'investissement parisien avec lequel la relation dérape rapidement. S'en suivent une vingtaine de départs de salariés en quinze mois et les effectifs tombent à trois personnes. L'entreprise, en croissance, peine à satisfaire la demande. En 2016, Magali Boisseau-Becerril reconstitue une équipe. Alors qu'elle allait fêter ses dix ans, Bedycasa employait 15 salariés, annonçait 66.000 hébergements dans 185 pays. Mais ce n'est pas suffisant pour maintenir l'entreprise à flot. Placée en redressement judiciaire en août 2017, l'entreprise est rachetée par Langue Sans Frontières (LSF), une école de « français langue étrangère » basée à Montpellier, et Magali Boisseau-Becerril conserve 10% des parts. Le dirigeant de LSF, Marc Lavigne Delville, réoriente l'activité de la plateforme vers les besoins d'hébergement adossé à l'apprentissage linguistique.

Récupérer tous les droits

« En 2018, j'ai été éjectée à mon retour de congé maternité, raconte l'entrepreneuse le 19 janvier alors qu'elle a invité ses hébergeurs historiques (et quelques voyageurs utilisateurs de Bedycasa) à un webinaire pour annoncer son retour. Les hébergeurs et voyageurs ont ressenti le changement de positionnement et de visage, et rapidement ne s'y sont plus retrouvés. L'engagement client avait été perdu... »

Le 4 novembre 2018, Bed & Learn, éditrice de Bedycasa, était mise liquidation judiciaire.

En décembre 2019, la jeune femme lançait Leonaa.fr, une marketplace des activités locales autour de la culture, du bien-être et de l'environnement, valorisant un tourisme local. Mais on était alors à quelques semaines de la déferlante pandémique du Covid-19 et l'initiative était freinée en plein élan. Le projet n'est cependant pas abandonné et Magali Boisseau-Becerril indique qu'elle s'emploie à le relancer.

Mais c'est perceptible, toute son énergie est concentrée sur la relance de son projet Bedycasa, auquel elle n'a secrètement jamais renoncé.

« J'ai reçu beaucoup de commentaires d'utilisateurs de Bedycasa qui me demandaient de relancer la plateforme mais tant que la liquidation judiciaire n'était pas clôturée, je ne pouvais pas récupérer tous les droits, explique-t-elle. Ça a été chose faite le 12 novembre 2021 ! J'étais donc libre de passer à la suite ! »

Bedycasa renaît donc de ses cendres, sous ce même nom qui était devenu une marque.

Une certaine philosophie

Avec ce nouveau projet, la jeune entrepreneuse veut revenir à la philosophie qui était celle de la plateforme montpelliéraine à ses débuts : elle annonçait alors se différencier des plateformes type Airbnb par sa démarche qualité, avec authentification et certification des hébergements qui étaient visités par un réseau d'ambassadeurs.

Dans une tribune publiée dans la presse fin octobre 2017, elle fustigeait d'ailleurs les pratiques de son concurrent frontal le plus connu, Airbnb, dénonçant « des voyageurs que l'on invite à découvrir des villes de manière authentique alors que Airbnb leur propose des appartements complètement dédiés à la location touristique et donc vides de leurs habitants », ou encore « des bénéfices qui contribuent à enrichir encore plus les propriétaires d'immeubles entiers qui louent plusieurs appartements afin d'en tirer un large bénéfice et par la même, empêchent les locataires traditionnels de se loger ». Elle disait alors sa colère de voir le géant américain se réclamer d'une économie de partage « alors qu'il n'en respecte pas les valeurs et qu'il structure son activité autour de pratiques antinomiques » avec ce type d'économie, mettant ainsi en place une "usine à touristes" ».

Aujourd'hui, elle annonce sa motivation : contribuer à lutter contre le tourisme de masse.

« Servir le client et non les actionnaires »

« Airbnb a des conséquences : augmentation des loyers, augmentation des prix de vente de l'immobilier, des villes à touristes avec des commerces qui sont transformés en locations touristiques, et un environnement dégradé, liste-t-elle. La finalité de Bedycasa est de servir le client final et non les actionnaires. »

Et la dirigeante le dit clairement : cette fois-ci, il n'y aura pas de levées de fonds auprès de fonds d'investissement - signe selon elle d'objectifs non-alignés et de perte de liberté pour le fondateur - mais du crowdfunding.

« Je veux proposer de l'hébergement responsable à impact social, c'est à dire participatif, responsable, indépendant, scande-t-elle. On accepte des particuliers mais pas des investisseurs immobiliers, des hôteliers ou des gens qui feraient de la spéculation de leur logement. Et on propose une durée minimum de deux nuits pour inciter les personnes à prendre le temps de visiter l'endroit où elles se trouvent. »

Dans ce même état d'esprit, Bedycasa propose une commission de 7,5% partagée entre hébergeur et voyageur, aucune commission prise sur les frais de ménage ou autres services, des impôts payés en France, et une partie du chiffre d'affaires reversée à l'association YouCare.

Crowdfunding

Aujourd'hui, la page d'accueil de Bedycasa informe tout nouvel internaute avant de le laisser naviguer sur le site : « Après avoir été pionnier en 2007 puis détruit en 2019, Bedycasa a été entièrement reprogrammé en 2021. Ce site est donc tout nouveau et ses valeurs sont extrêmement soutenues par sa communauté. Il est donc normal que certaines fonctionnalités soient toujours en construction. Par ailleurs, nous n'acceptons que 10 à 15% des hébergements afin d'apporter une meilleure qualité aux utilisateurs du site ».

Magali Boisseau-Becerril n'a pas encore créé de société dédiée (elle utilise l'entité créée pour Leonaa.fr) mais ce sera fait dans le courant du deuxième trimestre 2022.

« Je cherche un incubateur à Montpellier, sachant que j'aimerais inscrire mon entreprise dans l'économie sociale et solidaire », déclare-t-elle.

En attendant, elle va lancer, durant le premier trimestre, une campagne de crowdfunding sur Ulule, sans véritablement de « somme-cible », précise-t-elle. Et son site, même s'il n'est pas complètement opérationnel, commence déjà à fonctionner.

Offrir une alternative

« Sur les 1.000 hébergements validés, seulement 200 sont actifs sur le site et beaucoup de demandes ne peuvent pas être honorées car il n'y a pas suffisamment d'offres, indique l'entrepreneuse. La page d'accueil est temporaire et le moteur de recherche pas encore opérationnel. Je n'ai pas suffisamment de moyens humains aujourd'hui pour tout faire et je ne veux pas mettre de volume sans la qualité... Mais les offres d'hébergement viennent assez facilement, notamment grâce à notre référencement naturel, et la campagne sur Ulule devrait également en attirer d'autres. Ce financement me permettra de constituer une équipe. »

Comment revient-on sur un créneau déjà tellement concurrentiel et alors qu'une pandémie mondiale freine considérablement les envies de tourisme ? La jeune femme mise beaucoup sur la récente évolution des attentes sociétales vers du mieux et du plus responsable.

« Je ne vais pas remplacer Airbnb mais servir une communauté alternative qui, politiquement parlant, ne veut pas être sur les autres plateformes, réponde Magali Boisseau-Becerril. Je pense vraiment qu'il y a de la place pour cette alternative. La promesse d'Airbnb à ses débuts n'est plus tenue car ils se sont orientés vers de l'hébergement professionnel et de l'investissement immobilier. La communauté qui cherchait un hébergement chez l'habitant ne s'y retrouve plus. Bedycasa propose une autre philosophie. »

Cécile Chaigneau

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