Carcassonne, Cité du cinéma politique international ?

INTERVIEW - Après une troisième édition suspendue en raison de la crise sanitaire, le Festival International du Film Politique (FIFP) revient à Carcassonne, du 14 au 18 janvier 2022, avec une programmation particulièrement riche. Et l’ambition de dynamiser et de faire rayonner l’ensemble du territoire. Entretien avec le jeune directeur (25 ans) du FIFP, Henzo Lefèvre.

6 mn

Henzo Lefèvre est le directeur du Festival International du Film Politique qui se déroule à Carcassonne du 14 au 18 janvier 2022.
Henzo Lefèvre est le directeur du Festival International du Film Politique qui se déroule à Carcassonne du 14 au 18 janvier 2022. (Crédits : DR)

Consacré exclusivement aux fictions et documentaires politiques, le Festival International du Film Politique (FIFP) porté par l'association Regard Camera, a été créé en 2018 dans un contexte de mouvements sociaux et sociétaux : d'abord les gilets jaunes puis la crise sanitaire qui l'a contraint à annuler sa troisième édition. Sur fond de campagne présidentielle, le festival fait son grand retour à Carcassonne pendant cinq jours (du 14 au 18 janvier 2022) avec une programmation dense (33 films, 20 avant-premières et une première mondiale) et des invités prestigieux. C'est le maître de cérémonie (et acteur) Hippolyte Girardot, qui lancera la soirée d'ouverture, suivie de la projection du film de Diastème Le monde d'hier (avec Léa Drucker et Denis Podalydès notamment).

Porté par une équipe audoise, soutenu par des collectivités, mécènes et partenaires régionaux, ce festival, organisé dans une cité qui accueille chaque année près de 2 millions de visiteurs, entend vivement irriguer l'ensemble du territoire.

LA TRIBUNE - Comment est né ce festival ?

Henzo LEFÈVRE - Le projet est né de l'envie de l'association Regard Caméra de traiter de sujets politiques avec un vrai sens citoyen. Passionnée de cinéma, déjà organisatrice d'un Festival International du Film en Fiction Historique à Plaisance-du-Touch (Haute-Garonne, ndlr), elle s'est mobilisée pour créer un festival unique qui aborderait la politique avec un grand P, car pleinement détaché des enjeux partisans

Pourquoi avoir choisi Carcassonne plutôt que Toulouse ou Montpellier ?

L'équipe portant le projet est audoise. Il y avait une vraie volonté de ne pas aller sur une métropole, d'abord parce que nous n'y vivons pas, et ensuite, par besoin de dynamiser le territoire, pas uniquement dans sa vie culturelle mais également dans son attractivité et son développement économique. Carcassonne, ville moyenne (45.000 habitants, ndlr) mais troisième site le plus visité de France, rayonne à l'international. Son patrimoine et ses infrastructures sont donc propices à accueillir un Festival qui travaille avec producteurs et distributeurs de tous continents.

Vous avez fait le choix de décaler l'évènement en janvier, un mois plutôt creux. N'est-ce pas un pari risqué ?

Au départ, nous avions lancé l'édition pendant les festivités liées au week-end de la Saint-Nicolas, début décembre, mais le festival est un peu passé inaperçu... Cette nouvelle édition va être marquée par une programmation plus riche en films et en équipes de films invitées. La qualité, l'intensité des projections vont générer des volumes d'activité dans la ville. Notre public est à 80% audois ou venant de départements limitrophes. Pour capter un public plus lointain, nous avons travaillé avec l'office de tourisme sur une offre spéciale incluant le pass festival et une nuit d'hôtel.

Quel est le budget de fonctionnement du festival ?

Il est de 350.000 euros, avec un financement de la Région, du Département de l'Aude, de la Ville et de l'Agglomération à hauteur de 30 à 35%. Le reste provient de mécénats, sponsoring et partenariats, essentiellement d'entreprises régionales. Par exemple, nous travaillons avec le groupe automobile Tressol-Chabrier pour les voitures du festival et la société Decipro qui nous permet d'assurer les qualités techniques de projection et sonorisation cinéma. De fait, 85% de notre budget est reversé dans l'économie régionale.

Comment pèsent les contraintes sanitaires sur votre fonctionnement ?

Une quinzaine de prestataires et une soixantaine de bénévoles travaillent sur l'organisation du festival. Nous avons prévu de leur fournir, ainsi qu'aux invités, des masques FFP2. Entre les dépenses en matériel sanitaire et en configurations spéciales, notamment pour les repas, nous estimons les frais à plus de 10.000 euros... Le festival accueille cette année 65 invités. Il y a eu quelques frilosités, par exemple, faire venir l'équipe d'Helsinki n'a pas été simple. Néanmoins, pour la majorité, les films sélectionnés seront accompagnés par l'équipe. Quant au jury, qui comprend cinq membres, il sera présidé par Zabou Breitman et le maître de cérémonie sera Hippolyte Girardot.

Quel est le fil conducteur du FFIP ?

Nous nous donnons comme seule règle de ne présenter que des films à caractère politique. En revanche, nous ne nous imposons aucune thématique, aucun quota. Nous travaillons uniquement sur des films et documentaires en avant-première. Nous avons également un programme spécial à destination des scolaires.

Comment s'inscrit cette édition 2022 du festival, dans un contexte politique chahuté par une crise sanitaire et économique et par des élections présidentielles imminentes ?

C'est tout l'art du film politique : être une parenthèse dans ce chahut, une parenthèse artistique où le spectateur va penser à des sujets politiques, où les films vont le faire réfléchir, mais tout cela en dehors du calendrier médiatique et électoral.

Des nouveautés pour cette édition ?

Nous avons choisi d'organiser un débat autour de la thématique "Le Sport, les médailles et après". Ce débat sera animé par la réalisatrice Véronique Barré, le réalisateur et ancien rugbyman Philippe Guillard, l'ancien rugbyman Yannick Lauzion, l'ancienne championne d'athlétisme Muriel Hurtis et l'ancienne championne d'escalade Mathilde Becerra.

Des temps forts ?

Souvent, certains moments deviennent temps forts à notre insu... Mais la projection en première internationale du film Selon la police, de Frédéric Videau, tourné dans la région avec Patrick d'Assumçao, Laetitia Casta et Simon Abkarian, devrait réjouir les spectateurs. Tout comme la comédie estonienne Goodbye soviet de Lauri Randla, présentée en avant-première mondiale. A ne pas manquer non plus, la rencontre organisée autour du développement de la filière cinéma pour dynamiser le territoire, en présence de professionnels du secteur. L'occasion de rappeler que le cinéma est bien plus que de la culture et que cet évènement peut également être un acteur important du rayonnement territorial aux côtés du patrimoine et du littoral narbonnais.

Quelles sont vos attentes en termes de fréquentation ?

En raison de la crise sanitaire, il est difficile de se projeter. Les pré-réservations sont un peu plus hautes qu'en 2019 (le festival avait alors accueilli près de 9.000 personnes, NDLR) avec une moyenne d'âge visiblement un peu plus jeune que d'habitude. Notre capacité d'accueil dépasse les 12.000 entrées.

 Le festival en chiffres

  • 121 films reçus et vus, pour proposer cette programmation
  • 9 membres dans le comité de sélection des films
  • 50 invités
  • 33 films programmés
  • 20 avant-premières
  • 41 séances publiques
  • 1 film en première mondiale
  • 2 ciné-concerts
  • 3 courts-métrages
  • 4 lieux dans Carcassonne (La Maison du festival, le Centre des Congrès "Le Dôme", le cinéma CGR "Le Colisée", l'Odeum)

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