Décarbonation : Bulane et Hennessy expérimentent le cognac distillé à l’hydrogène

EXCLUSIF - Pour alimenter les processus de combustion de ses trois distilleries et les brûleurs de ses 800 partenaires bouilleurs de cru, la Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH et producteur de cognac, explore le potentiel de l'hydrogène. Un travail qu’elle réalise avec le spécialiste héraultais de la flamme hydrogène Bulane. La preuve de concept a été obtenue en laboratoire et la prochaine campagne de distillation, qui démarre en octobre, accueillera les premières expérimentations en distillerie.
Cécile Chaigneau

5 mn

La Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH et producteur de cognac, explore le potentiel de l'énergie hydrogène pour décarboner ses distilleries.
La Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH et producteur de cognac, explore le potentiel de l'énergie hydrogène pour décarboner ses distilleries. (Crédits : Gabriel de Lachapelle - Hennessy)

Le cognac pourrait-il faire bon ménage avec l'hydrogène ? C'est ce que la Maison Hennessy, filiale du groupe LVMH, et l'entreprise héraultaise Bulane, spécialiste de la flamme industrielle propre à base d'hydrogène, commencent à expérimenter dans les distilleries charentaises du précieux breuvage. On parle là bien sûr de l'introduction de l'hydrogène dans le processus de combustion...

La Maison Hennessy produit du cognac (94,6 millions de bouteilles - format 70cl - vendues en 2020) particulièrement apprécié à l'étranger, où elle réalise 99% de ses ventes dans 160 pays. L'entreprise emploie quelque 1.000 salariés (dont une cinquantaine à Paris). Si elle exploite ses propres vignobles (180 ha), elle s'approvisionne aussi auprès de 1.600 viticulteurs partenaires (soit 32.000 ha). Le cognac est distillé dans ses trois distilleries et chez 800 partenaires distillateurs.

Du haut de ses 255 ans, la Maison Hennessy regarde aussi vers demain. L'enjeu : préserver un savoir-faire viticole traditionnel et une qualité de produit, tout en faisant évoluer vertueusement ses pratiques.

Une démarche de décarbonation entamée en 1998

Son ambition : réduire les émissions de gaz à effet de serres de ses distilleries provenant pour 85% de la combustion des gaz de chauffe.

« Notre démarche de décarbonation remonte à 1998, avec l'obtention de la certification ISO 14001, rappelle Felix Pouyanne-Lafuste, responsable Distilleries chez Hennessy. Il y a une vingtaine d'années, nous avons entamé un nouveau travail sur nos brûleurs atmosphériques pour réduire les consommations. Au bout de dix ans, nous avions réussi à les diminuer de 20% en optimisant le fonctionnement et la combustion. Depuis 2010, nous avons gagné 12 à 15% supplémentaires en changeant les brûleurs atmosphériques pour des brûleurs à air pulsé, et aujourd'hui, beaucoup de nos partenaires ont avancé sur ces changements de brûleurs. En 2017, nous sommes passés sur un contrat électricité verte. Nous avons poursuivi avec un contrat gaz vert, en partenariat avec une usine de méthanisation de proximité, à Surgères, ce qui nous a permis de réduire de 80% notre empreinte carbone. »

A ce stade, la Maison Hennessy décide alors de changer l'énergie qui approvisionne ses brûleurs pour faire un pas de plus vers la décarbonation.

« Nous avons cherché une énergie alternative décarbonée, raconte Felix Pouyanne-Lafuste. L'hydrogène est compatible avec nos procédés puisqu'il est possible d'injecter une part d'hydrogène dans du gaz tout en conservant le même matériel. Nous avons alors identifié Bulane, un acteur qui connaît bien la partie combustion et avait déjà entamé un travail sur l'hybridation. Nous avons contacté Nicolas Jerez (président fondateur de Bulane, NDLR) en décembre 2019. »

Hybridation au-delà de 50% d'hydrogène

Bulane, c'est cette entreprise innovante installée aux portes de Montpellier, qui a mis au point une technologie d'électrolyseurs industriels à base d'hydrogène et qui travaille aussi, depuis fin 2019, sur la décarbonation de l'énergie de chauffage dans les bâtiments en s'appuyant sur cette technologie pour hybrider des chaudières.

« Bulane est une tech hydrogène précurseur dans ce domaine et nous ouvrons notre technologie à d'autres applications industrielles, souligne Nicolas Jerez. On est prêt et la maison Hennessy est la première. »

L'objectif de Felix Pouyanne-Lafuste, c'est d'« aller progressivement chercher les dernières émissions de gaz à effet de serre, dans une approche pragmatique et applicable ».

« Ce qui nous a plu dans la démarche d'Hennessy, c'est que la décarbonation fait partie de leur stratégie depuis longtemps, fait observer Nicolas Jerez. Ils ont beaucoup de flamme et de combustion et il reste encore 20% à décarboner, avec de gros gisement de carbone. Car même si les distilleries sont sous contrat gaz vert, elles émettent quand même du CO2. Or l'hydrogène ne dégage pas de CO2 dans la combustion. »

La Maison Hennessy et Bulane ont dans un premier temps réalisé une étude de banc d'essai en hybridant l'hydrogène et le gaz naturel sur des brûleurs représentatifs de ceux utilisés par la filière : « En moins d'un an, on a atteint une première preuve de concept avec des paliers d'hybridation allant au-delà de 50%. L'adaptation des process et de la chaîne logistique est à l'étude », rapporte Nicolas Jerez.

Alambic expérimental

L'étape suivante, qui commencera dans quelques semaines, fin octobre probablement, avec le début de la prochaine campagne de distillation, c'est d'expérimenter l'hybridation à l'hydrogène sous un alambic expérimental.

« Nous recueillerons la première eau de vie distillée avec une part d'hydrogène, se réjouit Felix Pouyanne-Lafuste. Bien sûr, le comité de dégustation en vérifiera la qualité et nous la suivrons au cours de son vieillissement comme on le fait pour toutes nos eaux de vie. »

Nicolas Jerez maîtrise le processus : « Historiquement, Bulane designe des flammes hydrogène qui ne doivent pas impacter les utilisateurs, en se rapprochant des caractéristiques de la flamme d'origine. Nous avons la même approche avec la Maison Hennessy, ce qui passera probablement par du paramétrage pour livrer une calorimétrie identique de la flamme, conforme aux phases de laboratoire ».

Autre enjeu pour la PME héraultaise, la sécurité : « Nous voulons éviter le stockage d'hydrogène, dans une configuration identique à ce qu'on fait déjà dans l'industrie ».

Le premier pilote expérimental devrait être implémenté d'ici la fin de l'année.

« On ré-expérimentera le procédé lors de la campagne suivante à une échelle plus importante probablement, indique Felix Pouyanne-Lafuste. Nous imaginons un déploiement général après trois ou quatre années de confirmation sur l'hybridation partielle, et sur huit à dix ans pour atteindre le 100%. Mais la preuve de concept est encourageante. »

Cécile Chaigneau

5 mn

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Commentaires 2
à écrit le 18/09/2021 à 16:03
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Gabriel de La Chapelle aurait pu faire un effort et gouter les produits après avoir fait la photo parce que cette pièce est magnifique mais du coup trop floue, et avec un autre angle !

à écrit le 18/09/2021 à 4:03
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Buvez un Frapin et vous utiliserez votre hennesy pour faire la cuisine.

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