La Métropole de Montpellier vote une PPI de 2,5 milliards d’euros : feuille de route, grincements et citations

Le conseil de la Métropole de Montpellier du 23 novembre examinait dans le détail la programmation pluriannuelle d’investissement 2021-2026 de la collectivité, soit une enveloppe de quelque 2,5 milliards d’euros, qualifiée par la collectivité de "choc d'investissement". Une feuille de route qui ne fait pas l’unanimité. Extraits.
Cécile Chaigneau

9 mn

Le 23 novembre 2021, le président de la Métropole de Montpellier, Michaël Delafosse, a présenté sa programmation pluriannuelle d'investissement, une enveloppe de 2,5 milliards d'euros.
Le 23 novembre 2021, le président de la Métropole de Montpellier, Michaël Delafosse, a présenté sa programmation pluriannuelle d'investissement, une enveloppe de 2,5 milliards d'euros. (Crédits : DR)

98 affaires dont la programmation pluriannuelle d'investissement (PPI) d'ici à 2026. Le menu du conseil de la Métropole de Montpellier du 23 novembre était chargé. Et cette première question fut inspirante... Elle est surtout stratégique puisqu'elle annonce la feuille de route des engagements d'investissement de la Métropole durant le mandat en cours.

« Une PPI n'est pas la somme des PPI communales, précise d'emblée Renaud Calvat, vice-président en charge des finances. Elle donne les grandes orientations politiques d'investissement. C'est un message fort pour le monde économique et c'est aussi le signe de la grande volonté politique pour aménager le territoire. Notre projet est d'investir 2,5 milliards d'euros : c'est sans précédent. C'est lié en partie au transfert de compétences des communes et du Département vers la Métropole sur les questions routières, mais aussi à la volonté de créer un choc d'investissement sur le territoire. »

Un milliard d'euros pour les déplacements

Le premier budget d'investissement de la Métropole concerne les déplacements, à hauteur de 1,426 milliard d'euros dont 1 milliard pour les mobilités douces alternatives : vélo, piétons, achat de nouvelles rames de tramway, extension de la ligne 1 et création de la ligne 5, etc.

« C'est un investissement fort qui permettra de faire baisser la pollution, ajoute Renaud Calvat. Nous investirons 440 millions d'euros sur les mobilités routières, dont 150 millions pour la voirie à Montpellier et 262 millions pour les autres communes, plus de 30 millions de participation aux grandes infrastructures de transport. »

En soutien au monde économique, la PPI prévoit une ligne d'investissement de 265 millions d'euros dont 140 millions pour l'innovation ou 125 millions pour les entreprises et les artisans. Sur la gestion du cycle de l'eau, l'enveloppe s'élève à 233 millions d'euros, dont 51 millions pour la gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations (GEMAPI) et 182 millions sur l'assainissement), auxquels « il faut ajouter le budget d'investissement de la régie publique de l'eau sur le réseau d'eau potable, soit 143 millions d'euros », précise Renaud Calvat.

Environnement, décarbonation, solidarité

Les investissements sur le volet protection de l'environnement sont annoncés pour 151 millions d'euros, dont 51 millions pour l'agroécologie et les espaces naturels.

« La gestion des déchets est le grand enjeu du mandat, souligne le vice-président en charge des finances. Nous dépensons bien plus que d'autres intercommunalité, 200 euros/an/habitant au lieu de 100 ailleurs. Nous allons donc investir 45 millions d'euros sur les bonnes pratiques et 55 millions pour une Métropole exemplaire, sur une flotte de véhicules décarbonés, la rénovation thermique et énergétique des bâtiments de la Métropole et des projets d'énergies renouvelables. »

Quelque 182 millions d'euros sont dédiés à des équipements culturels et sportifs. Enfin, une enveloppe de 321 millions d'euros est fléchée sur la solidarité, dont 97 millions pour les projets ANRU, 24 millions sur questions énergétiques, mais aussi 64 millions pour accompagner les communes (création d'aires d'accueil pour les gens du voyage, cimetières, rénovation patrimoniale des centres anciens). Sur cette enveloppe, six millions d'euros seront investis dans la création d'un data center mutualisé, et la Métropole crée un fonds d'équipement de la métropole vers les communes de 13 millions d'euros sur le mandat.

5.130 euros/habitant

2,5 milliards d'euros qui ne tomberont pas du ciel.

 « Il nous faut des recettes, traditionnelles mais aussi des nouvelles, anticipe Renaud Calvat. Nous attendons de nos partenaires entre 500 et 600 millions d'euros de subventions ou de participations (dont 221 millions d'euros du CPER, NDLR). Par ailleurs, les communes ont retrouvé des marges de manœuvre dans la gestion de leurs investissements et la Ville de Montpellier va montrer l'exemple en abondant à hauteur de 100 millions d'euros supplémentaires. »

L'élu aux finances assure que cette programmation est équilibrée sur le territoire : « 910 millions d'euros pour la Ville de Montpellier, soit 3.105 euros/habitant, et 742 millions d'euros hors Montpellier, soit 3.844 euros/habitant, et 960 millions d'euros sur les grands projets structurants. Notre PPI atteindra les 5.130 euros/habitant, ce qui constitue un effort sans précédent qui nécessite aussi une gestion du fonctionnement drastique. Nous avons aujourd'hui un taux d'épargne entre 18 et 20%. Je rappelle que le seuil d'alerte à 10% et nous considérons qu'il ne doit pas descendre en dessous de 12% après la PPI. »

« Enfumage et recyclage »

Dans les rangs de l'opposition, la conseillère métropolitaine Alenka Doulain (groupe DVG #NousSommes) dénonce un projet « brouillon », qu'elle qualifie d'« enfumage et recyclage ».

« Ce plan d'investissement ne nous apprend pas grand-chose, pointe-t-elle. On reste sur des schémas du vieux monde. »

Dans un communiqué envoyé quelques heures avant les débats, elle résumait ainsi la position de son groupe : « A l'heure de l'urgence écologique, ce plan d'investissement confirme l'appétit de la majorité pour les projets routiers (443 millions d'euros, soit trois fois plus que le montant dédié à la protection de l'environnement), tout en maintenant un grand flou sur la concrétisation des projets : Med Vallée ou le plan Mobilités douces restent ainsi toujours aussi vagues. Enfin, l'investissement pour la transition écologique n'est pas à la hauteur, notamment concernant le développement des énergies renouvelables ou la rénovation thermique des bâtiments ».

« Dans cette feuille de route, nous survolons le sujet sur la gestion des déchets, renchérit quant à lui le conseiller métropolitain Serge Guiseppin, également dans l'opposition. On exporte une grande partie de nos déchets chez nos voisins, vers Calce dans les Pyrénées-Orientales (où se trouve une usine de retraitement des déchets, NDLR), soit à plus de 150 km par camion. C'est une aberration ! Ce qui implique une charge financière supplémentaire pour les habitants de la Métropole qui paient 11 millions d'euros par an pour ça. La gestion globale de nos déchets sur la Métropole s'évalue à plus de 80 millions d'euros par an, contre 70 pour les Métropoles de Nantes et Strasbourg ! L'usine de méthanisation n'a pas été un succès, la fermeture de la décharge de Castries est un échec. »

Dans sa réponse, le président de la Métropole, Michaël Delafosse, reconnait « un juste constat » : « Dommage qu'il n'ait pas été fait en 2019, quand la décision a été prise de fermer la décharge de Castries qui plombe nos dépenses et conduit à l'exportation de nos déchets... ».

Finances et Kafka

L'autre attaque virulente de l'opposition est venue de Max Lévita, ancien grand argentier du mandat de Philippe Saurel, qui s'en prend au volet financier et à la stratégie : « Je m'interroge sur cette capacité financière qui est supérieure de + 150% par rapport aux deux mandats précédents. Le chiffre de 2,5 milliards d'euros est impossible à atteindre ! Vous nous indiquez une participation de la Ville de Montpellier de 100 millions d'euros, mettons 50 millions d'euros des autres communes. Ce qui fait 150 millions d'euros sur 2,5 milliards, soit 6%. Ça signifie qu'aucun plan de financement n'est prévu ! Par ailleurs, votre document est incohérent car votre stratégie est inadaptée à la situation actuelle : on n'est pas en 1970 mais en 2021, dans un monde incertain, marqué par la pandémie et la nécessité absolue de se préparer à affronter le changement climatique. Vous cherchez à accompagner le développement économique de la métropole suivant le schéma ancien en vigueur durant les Trente Glorieuses ! Or le développement de Montpellier est d'abord dû à l'explosion démographique qui se poursuit. Cette croissance, vous la voulez ou pas ? Je note que vous voulez la limiter, vous risquez de la tuer ! Vous développez l'investissement donc vous allez attirer de nouveaux habitants dont vous ne voulez pas ! ».

Et l'élu de terminer sa diatribe par une citation de Kafka : « Le chemin qui mène à la catastrophe est pire que son terme ».

"Tout ce qui ne se régénère pas dégénère"

La réponse du berger à la bergère est venue sans tarder, elle aussi ponctuée d'une citation, par Renaud Calvat tout d'abord : « La PPI correspond à ce qui est utile pour le territoire. Nous l'affinerons. Vous plaidez pour une action de bons gestionnaires mais nous pensons qu'il faut aussi avoir une vision. Et je ferai une citation de Bob Kennedy empruntée à George Bernard Shaw : "Certains voient le monde tel qu'il est et se demandent pourquoi, je vois le monde comme il pourrait être et je me dis pourquoi pas" ».

Le président de la Métropole a rappelé les trois raisons qui, selon lui, permettent un tel niveau d'investissement : des taux d'emprunt très bas, « ce qui permet d'emprunter sans obérer les dépenses de fonctionnement de manière trop importante », une dynamique fiscale et gouvernance apaisée avec les autres collectivités pour accompagner la Métropole dans ses projets. Auxquelles il ajoute les possibles ressources du plan de relance : Je ne vois pas pourquoi la Métropole ne pourrait pas en bénéficier et pour ça, il faut avancer des projets ».

« On peut faire des procès à la stratégie, l'amender, mais ce niveau d'investissement est au niveau de l'ambition d'un green new deal !, soutient-il. Quelle est la métropole en France qui investit autant sur les mobilités décarbonées ? J'anime le groupe mobilité à France Urbaine, et je peux comparer... Oui, le monde est incertain et même anxiogène. Avec la PPI, nous donnons un cap, nous investissons tout en étant rigoureux dans la gestion de l'argent public ! »

Dans la bataille de citation, il choisit un sociologue et philosophe : « Tout le monde est inquiet du réchauffement climatique mais nous prendrons notre part aux résolutions du GIEC. Nous assumons ces choix, on ne peut pas tout faire, et nous faisons celui de la transition écologique et solidaire. On peut aussi ne rien faire. Je citerai Edgar Morin : "Tout ce qui ne se régénère pas dégénère". Nous ne faisons pas le choix du sur-place ! ».

Cécile Chaigneau

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