"Il faut amorcer le virage de la plaisance qui se dessine" (Jean-Romain Brunet, Port-Camargue)

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Jean-Romain Brunet a pris la tête de la régie autonome de Port-Camargue le 1er avril 2021.
Jean-Romain Brunet a pris la tête de la régie autonome de Port-Camargue le 1er avril 2021. (Crédits : DR)
ENTRETIEN - Depuis le 1er avril 2021, Jean-Romain Brunet a pris la direction générale de la régie autonome de Port-Camargue. Il succède à Michel Cavaillès, en poste depuis 2002, qui a fait valoir ses droits à la retraite. Désormais à la tête du plus grand port de plaisance d’Europe comptant 5.000 places à flot, le nouveau directeur évoque sa feuille de route et les enjeux à venir.

LA TRIBUNE - A l'issue d'un recrutement national, la commune du Grau-du-Roi Port-Camargue, sous l'égide de son maire Robert Crauste, a retenu votre candidature. Quels sont les éléments qui, selon vous, ont plaidé en votre faveur ?

Jean-Romain Brunet, directeur général de la régie autonome de Port-Camargue - Je suis un spécialiste de la mer depuis plus de quinze ans ! Collaborateur de Christian Bourquin lorsqu'il était président de la Région Languedoc-Roussillon, j'ai travaillé sur deux chantiers majeurs : la gouvernance de la mer - avec la création du parc naturel marin du golfe du lion - puis le Parlement de la mer, instance visant à fédérer la communauté maritime pour mieux répondre aux grands enjeux de l'économie bleue en région. J'ai ensuite travaillé pour le ministère de la Santé sur l'édition du premier guide d'accessibilité des ports de plaisance pour les personnes atteintes de mobilité réduite. En 2016, j'ai rejoint Carole Delga pour prendre la direction du Plan Littoral 21, avant d'être conseiller de la présidente pour la mer, le tourisme et le thermalisme.

Vous prenez vos fonctions dans un contexte bien particulier de crise sanitaire. Quelles sont les conséquences pour Port-Camargue ?

Malgré les deux confinements qui ont privé le port d'une période d'activité, le chiffre d'affaires en 2020 est resté stable, par rapport à 2019, soit 8 millions d'euros. Cette année encore, le démarrage de la saison va se faire dans des conditions dégradées, certes, mais nous allons œuvrer pour que l'activité soit impactée au minimum. La Régie autonome de Port-Camargue est une structure saine, bien gérée par une équipe de 50 personnes de très haut niveau de compétence dans tous les corps de métiers.

Quelle est votre feuille de route ?

A la fois simple et compliquée, cette feuille de route s'articule autour de trois axes majeurs. Le premier est l'enjeu économique. Il s'agit d'être aux côtés des entreprises tout en ayant la capacité d'amorcer le virage de la plaisance qui se dessine un peu partout en France. Il va falloir se redéployer sur un autre modèle, se positionner sur de nouvelles expériences de la plaisance. Cela passe notamment par d'autres usages, des services à la navigation simplifiés et de nouvelles offres de loisirs. L'évolution des plaisanciers nous amène à conquérir de nouvelles clientèles, notamment dans la tranche des 35-50 ans. En même temps, il faut donner le goût aux jeunes de prendre la mer. L'école de mer, financée dans le cadre du Plan Littoral 21, participe d'ailleurs de cette dynamique. Le second axe est la consolidation des liens avec la communauté maritime. Enfin, le dernier volet majeur vise à relever les défis environnementaux de demain.

Quels investissements avez-vous programmé cette année ?

L'enveloppe d'investissements est de 2,3 millions d'euros. Des opérations programmées en 2020 vont être réalisées cette année, je pense notamment au réaménagement des sanitaires du port et à la centrale photovoltaïque. En opérations structurantes, sont prévus principalement le réaménagement du parc à bateaux, le développement d'une application pour la gestion de tous les services portuaires et le haut-débit sur le port. Port-Camargue ayant été retenu comme Centre de Préparation aux Jeux pour les JO de 2024, d'autres investissements sont programmés pour accueillir les délégations sportives dans le cadre de leur préparation et leur permettre d'installer leur base arrière. L'idée est de muscler nos offres avec des bâtiments dédiés, adaptés à des équipes internationales.

En matière environnementale, quelle est votre stratégie ?

Notre ambition est de nous inscrire dans l'exemplarité et l'innovation en matière de plaisance. Ainsi, le recyclage des sédiments de dragage fait actuellement l'objet d'une expérimentation innovante (ce chantier « vertueux » doit permettre aux bateaux de retrouver un tirant d'eau adéquat, de recharger la plage en sable et de faire des pistes piétonnes le long des berges, NDLR). Plus largement, Port-Camargue va engager de nouvelles démarches en faveur de la préservation de la biodiversité, avec notamment la création d'un lieu d'accueil des entreprises dans ce domaine. La station se positionne également sur l'hydrogène.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce projet de décarbonation des énergies ?

La commune du Grau-du-Roi/Port-Camargue porte un projet pilote en lien avec Hynamics, filiale du groupe EDF dédiée à l'hydrogène bas carbone. Plusieurs solutions de mobilité (notamment une navette routière à propulsion électrique entre le Boucanet et Port-Camargue, NDLR) et de motorisation des bateaux de pêche sont envisagées, l'enjeu pour les pêcheurs étant de sortir d'une énergie gasoil polluante. Le dossier sera déposé dans des appels à projets d'ici la fin de l'année.

La circulation naturelle des sédiments a généré la création d'un banc de sable « paradisiaque » émergé non loin de l'entrée du port. Comment gérez-vous le phénomène ?

Installé dans le paysage, ce banc de sable a trouvé une vraie vocation touristique pour les professionnels d'excursions en mer et les plaisanciers ! Mais il pose néanmoins des problèmes de sécurité. Des aménagements sont prévus prochainement sur le site. Un bureau d'étude est chargé d'analyser les effets de cet ensablement. A terme, il faudra mener une réflexion avec l'Etat et les pouvoirs publics pour que ce banc ne devienne pas un frein à l'activité nautique.

L'annonce d'une expérimentation de conciergerie, visant à sous-louer les appontements vacants des détenteurs de marinas, a fait des vagues. L'association ALPC2 (association libre des propriétaires et copropriétaires de Port-Camargue) s'est franchement opposée au projet. Comment allez-vous mener ce dossier ?

Il n'y a aucune volonté de passer en force sur ce sujet qui fera l'objet de concertations et de discussions. Je souhaite d'ailleurs rencontrer dans les semaines à venir les propriétaires des marinas. L'idée est de trouver une solution qui ne dénature pas l'esprit des marinas mais prend en compte les enjeux du Plan Littoral 21.

Pour la seconde année consécutive, l'édition des Nautiques de Port-Camargue, se déroulant habituellement pendant le week-end de Pâques, a été annulée. Un coup dur ?

Les professionnels du nautisme ont pu organiser, à titre individuel, une journée portes ouvertes pour recevoir leurs clients. C'est bien sûr une manière plus confidentielle de travailler. Mais globalement, la situation inédite incite à se réinventer et se réorganiser.

Dans quel état d'esprit prenez-vous la direction du port ?

Je suis enthousiaste car malgré les circonstances, nous avons suffisamment de capacités pour créer de l'activité, de la richesse et de l'emploi pour nos enfants pendant les trente années à venir !

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Commentaires
a écrit le 07/04/2021 à 21:29 :
Les ports de plaisance sont des prisons pour bateaux avec une espérance de promenade annuelle de quelques jours, éventuellement renouvelable. Il y a des milliers de bateaux, des voiliers magnifiques qui font du sur place, attachés à leur anneau comme une bernique à son rocher et qui ne voient bien souvent de la mer que l'eau croupie du Port de Plaisance. Un désastre.
Réponse de le 08/04/2021 à 9:07 :
Il y a également autour de ces bateaux une foultitude de logements tout aussi vides et qui, eux, ne bougent jamais.

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