Construction bois : Selvea va livrer des tiny-houses pour loger des sans-abris

En marge de son activité principale, la construction modulaire bois, la PME héraultaise Selvea, qui est passée par une phase de redressement judiciaire, voit ses efforts de diversification payer : elle livrera bientôt 16 tiny-houses à une collectivité pour y loger des sans-abris. Un premier marché qui pourrait faire des petits.
Cécile Chaigneau
Selvea termine la conception et la fabrication de 16 tiny-houses qui seront livrées en février à collectivité qui proposera d'y héberger des sans-abris.
Selvea termine la conception et la fabrication de 16 tiny-houses qui seront livrées en février à collectivité qui proposera d'y héberger des sans-abris. (Crédits : Selvea)

Il y a un an, en décembre 2019, l'entreprise héraultaise Selvea, spécialisée dans la conception de bâtiments modulaires bois, sortait d'une mauvaise passe : la procédure de redressement judiciaire dans laquelle elle était depuis décembre 2018 - « suite à un accident conjoncturel : une gros chantier parisien où il a fallu remplacer au pied levé plusieurs sous-traitants défaillants à des coûts prohibitifs, ce qui nous a fait perdre en temps et en qualité d'exécution », rappelle Sylvain Fourel, le dirigeant de Selvea - se terminait sans qu'elle ait eu à réduire ses effectifs (33 salariés). La PME a engagé son plan de continuation.

Aujourd'hui, Sylvain Fourel est optimiste : « Selon nos comptes publiés en novembre 2019, nous avons enregistré un résultat net de 1,1 million d'euros pour un chiffre d'affaires de 5,1 millions d'euros, ce qui était exceptionnel, en majeur partie grâce à du développement... Alors même si notre prévisionnel de chiffre d'affaires sur l'exercice 2020-2021 est en baisse de 40% en raison de la crise Covid, la visibilité que nous avons aujourd'hui nous permet de dire que nous remonterons à 5 millions dès l'exercice suivant

Pour Selvea comme pour tout le monde, l'année 2020 aura en effet été compliquée, mais à l'aube de l'année 2021, le dirigeant observe une bonne dynamique en cours.

« L'année 2020 avait mal commencé et nous avons souffert jusqu'en novembre de projets décalés, ralentis ou mis en stand-by en raison de la crise Covid mais aussi par du renouvellement des équipes municipales, détaille-t-il. Mais aujourd'hui, les projets redémarrent petit à petit et notre carnet de commandes est bien rempli jusqu'en octobre 2021 ».

Des sans-abris dans des tiny-houses plutôt qu'à l'hôtel

En avril 2018, Selvea avait ouvert la porte du marché de la tiny-house, micro-maison en modulaire bois, transportable sur remorque. Elle en a fourni quatre au Crous de Bordeaux, qui les a installées sur le campus universitaire de Pau pour expérimenter d'y loger des étudiants ou des doctorants.

Mais c'est un marché original que vient de signer la PME avec une collectivité (dont le dirigeant préfère taire le nom pour le moment) : une commande de 16 tiny-houses pour loger des sans-abris.

« Nous travaillons sur ce sujet depuis deux ans et aujourd'hui, la solution de la tiny-house est pertinente, démontrer Sylvain Fourel. Une place en tiny-house coûte entre 8.000 et 10.000 euros, ce que coûte de loger un sans-abri durant un an dans un hôtel. La tiny-house, bien entretenue, peut quant à elle durer une dizaine d'années. Le système de tiny-house permet de loger dignement des gens à coût moindre, sur un terrain provisoirement aménageable pour pas trop cher et libérable par la collectivité si besoin. Ce sont des projets qui ont du sens. Soit c'est une association qui récupère le budget pour prendre en charge l'investissement, soit c'est la collectivité qui investit et met les tiny-houses en gestion auprès d'une association... »

Les 16 tiny-houses seront livrées fin février. A raison de 4 personnes hébergées dans chacune d'elles, le projet permettra de loger 52 personnes, et trois tiny-houses seront réservées pour des bureaux ou une buanderie.

Sylvain Fourel, qui espère que l'idée fera des adeptes, et se dit déjà en discussions avancées avec une collectivité dans la région Occitanie.

Réhabilitation énergétique

Son activité est par ailleurs logiquement boostée, depuis un ou deux ans surtout, par les évolutions de la société incitant à des comportements vertueux, y compris en matière de construction. Sylvain Fourel mise aussi sur les nouvelles équipes municipales en place depuis juin dernier, notamment les plus engagées sur les questions écologiques.

Sa solution de réhabilitation énergétique d'un bâtiment tertiaire MIREIO (acronyme de Moyen industriel de rénovation énergétique des immeubles occupés), mise au point avec le bureau d'études montpelliérain [email protected], a été déployée avec succès sur un premier bâtiment démonstrateur à Castelnau-le-Lez. Elle consiste à apposer, sur les murs extérieurs, une vêture bois "intelligente" dotée de divers équipements de gestion et d'optimisation énergétique.

« Aujourd'hui, le bâtiment est occupé (bureaux, coworking, crèche, restaurant, NDLR) et on vérifie ce qui fonctionne BIEN et ce qui fonctionne moins bien pour faire retour d'expérience le plus complet possible sur la prochaine opération, précise Sylvain Fourel. Nous avons une commande à Llagonne, dans les Pyrénées-Orientales, pour la rénovation de l'aérodrome, plateforme de vol à voile la plus haute d'Europe. Les travaux démarreront en septembre prochain... Cette démarche de rénovation par un manteau extérieur se fait sans que les occupants soient obligés de quitter les lieux, c'est donc adapté aux écoles ou aux bureaux. »

La RE2020 : un signal fort

Quant à la future RE2020 (réglementation environnementale), qui sera appliquée à compter du 1e juillet prochain, sera-t-elle vecteur de croissance pour Selvea ?

« On ne connait pas encore vraiment quels seront les niveaux de performances attendus, il y a encore des arbitrages à venir, tempère le dirigeant. Ce qu'on sait, c'est que notre produit répondra bien à cette réglementation, en effet. La RE2020 donne un signal très fort à la profession et siffle la fin de la partie... De nouveaux clients pourraient venir à nous, comme les promoteurs immobiliers qui se renseignent pour des villas en bande notamment : moins de marchés car tout est construit par une seule entreprise de construction modulaire, coûts de chantier réduits, coûts de gestion réduits, qualité de livraison grâce à la fabrication en usine et réduction des délais... Nous allons réaliser une opération de promotion de 3 villas juxtaposées en région parisienne pour un petit promoteur privé : il faudra maximum cinq ou six mois de fabrication dont deux d'études et de préparation... »

Cécile Chaigneau

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