Pourquoi la Métropole de Montpellier renonce aux bus à hydrogène

Il y a un peu plus de deux ans, la Métropole de Montpellier s’était engagée dans un projet d’une cinquantaine de bus à hydrogène qui seraient déployés en 2023 puis en 2025, alimentés par une station de production d’hydrogène par électrolyse. Depuis, l’équipe au pouvoir a changé, la stratégie transport également, et la collectivité vient d’officialiser l’abandon de l’achat de bus à hydrogène au profit de bus électriques. Mais elle dit ne pas renoncer totalement au projet. Explications.
Cécile Chaigneau

7 mn

En juillet 2019, la petite ville de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) mettait en service six bus à hydrogène. La Métropole de Montpellier, elle, vient de renoncer aux bus à hydrogène, au profit des bus électriques.
En juillet 2019, la petite ville de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais) mettait en service six bus à hydrogène. La Métropole de Montpellier, elle, vient de renoncer aux bus à hydrogène, au profit des bus électriques. (Crédits : DR)

Le président (PS) de la Métropole de Montpellier, Michaël Delafosse, l'a officialisé le 4 janvier dernier, lors de la présentation du futur réseau de bustram : les bus à hydrogène, c'est terminé. La décision a été prise de doter ce réseau de bus électriques.

Le projet montpelliérain de bus à hydrogène, baptisé "Montpellier Horizon Hydrogène", avait été lancé par la précédente équipe en place à la tête de la Métropole, emmenée par Philippe Saurel. Il s'agissait, pour la collectivité, de verdir ses transports en investissant dans 51 bus à hydrogène pour quatre futures lignes de bus à haut niveau de service. 21 devaient être mis en service à partir de 2023, puis 30 à partir de 2025.

Pour approvisionner les bus, une société de projet avait été créée entre Energies du Sud, filiale de la SERM-SA3M (bras armé de la métropole sur l'urbanisme) et Hynamics, filiale du groupe EDF dédiée à l'hydrogène bas carbone, pour la construction et l'exploitation d'une station de production d'hydrogène par électrolyse de 800 kg/jour, d'une centrale photovoltaïque de de 2,8MWc, d'un stockage d'hydrogène et de stations de distribution. L'objectif, à terme, étant de massifier la production d'hydrogène pour diversifier les usages de mobilités dans la métropole en direction des bennes à ordures ou camions de transport, voire des véhicules de particuliers.

Lauréat de nombreux appels à projets

Le coût du projet avait été estimé à 29 millions d'euros. Et la collectivité avait candidaté à moult appels à projets pour le financer. "Montpellier Horizon Hydrogène" avait ainsi remporté l'appel à projets "Écosystèmes de mobilité hydrogène" de la Région Occitanie (1,855 million d'euros de subventions), l'appel à projet national "Hydrogène mobilité" de l'ADEME (2,299 millions d'euros de subventions), ainsi que l'appel à projet européen "Connecting Europe Facilities" (2,72 millions d'euros de subventions). La Caisse des Dépôts, partenaire de la Commission européenne, avait annoncé sa contribution via la Banque des Territoires, par un investissement en fonds propres et en quasi-fonds propres de plus de 3 millions d'euros et un financement en prêt de 5,9 millions d'euros pour l'acquisition des bus. Le projet "Montpellier Horizon Hydrogène" était alors présenté comme l'un des plus importants projets de mobilité hydrogène de France...

Dans un communiqué commun de la Métropole, de la Caisse des Dépôts et de la Commission européenne, daté du 16 février 2021, Michaël Delafosse déclarait : « Le projet Montpellier Horizon Hydrogène permet à Montpellier de se positionner en territoire moteur et de contribuer au développement de la filière hydrogène régionale et nationale. Au cœur d'une Région Occitanie qui a affirmé sa volonté d'accompagner la filière hydrogène, Montpellier Méditerranée Métropole s'est engagée très tôt dans une stratégie énergétique vertueuse ».

Six fois plus cher

Mais tous comptes faits (au sens propre du terme), la collectivité estime que la vertu énergétique ne doit pas se faire au détriment des deniers publics. Car c'est bien là que le bât blesse.

« La technologie hydrogène est prometteuse, confirmait Michaël Delafosse le 4 janvier. Mais nous étions aidés sur l'investissement mais pas sur le fonctionnement. Or, il reviendrait six fois plus cher qu'avec des bus électriques. Donc, pour le moment, nous renonçons aux bus à hydrogène, on verra en 2030 si l'hydrogène est moins cher. »

Contactée par La Tribune deux jours après l'annonce de cette décision d'abandonner les bus à hydrogène, Julie Frêche, vice-présidente de la Métropole de Montpellier déléguée au Transport et aux Mobilités actives, en explicite les raisons : « Quand le projet a été monté par l'ancienne majorité, et il avait d'ailleurs été bien monté auprès de la Commission européenne notamment, les coûts d'investissement ont été pris en compte mais pas les coûts de fonctionnement. Or dans notre stratégie, cette question est fondamentale car avec Michaël Delafosse (élu maire le 28 juin 2020 et président de la Métropole le 15 juillet 2020, NDLR), nous nous sommes engagés sur la gratuité des transports en commun pour les habitants de la Métropole. Le fonctionnement de bustram tout hydrogène se situerait à 3 millions d'euros par an contre 500.000 euros avec des bus électriques. Soit 0,15 euros du km en électrique contre 0,95 euros sur l'hydrogène. Donc six fois moins... ».

L'élue plaide également un surcoût à l'achat des véhicules : « La différence de prix entre un bus électrique et un bus à hydrogène est comprise entre 150.000 et 200.000 euros... Aux Rencontres nationales du transport public (en septembre 2021, à Toulouse - NDLR), nous avons d'ailleurs vu que beaucoup de constructeurs ne vont pas sur l'hydrogène, et que les avantages des véhicules électriques se sont renforcés, notamment en termes d'autonomie des batteries, que les constructeurs garantissent. Nous sommes donc rassurés ».

Enfin, elle ajoute que « dans notre décision, il y a aussi le fait qu'on ne serait pas en capacité de produire suffisamment d'hydrogène vert, ce qui nous aurait obligé à en acheter ».

« La station de production reste un sujet en discussion »

« Les collectivités qui ont fait le choix de l'hydrogène essuient un peu les plâtres... Nous, nous voulons que ça fonctionne, ajoute la vice-présidente au Transport et aux Mobilités. Beaucoup de professionnels disent que le coût de l'hydrogène va baisser, mais l'écart restera important. »

Reste que l'abandon de ce projet pourrait impacter les ambitions hydrogène du territoire puisqu'Hynamics envisageait de connecter le projet montpelliérain à celui qu'elle développe au Grau-du-Roi (Gard) pour des raisons de massification de production et de diversification des débouchés dans les usages. Ainsi, la Ville du Grau-du-Roi travaille sur un projet où l'hydrogène pourrait alimenter plusieurs usages : une navette routière à propulsion hydrogène entre le quartier du Boucanet et Port Camargue pour réduire l'usage de la voiture, la motorisation des quatre grues pour la manutention des bateaux en alternative aux moteurs gasoil, mais aussi, de manière ambitieuse et innovante, un bateau polyvalent qui serait navette fluviale en saison estivale pour transporter des touristes d'un parking de délestage jusqu'au centre-ville, et bateau de pêche le reste du temps. Sans oublier éventuellement le ramassage des ordures ménagères ou les véhicules municipaux.

« Nous voulons trouver une solution pour ne pas pénaliser les projets qui dépassent le seul territoire de Montpellier, répond Julie Frêche. Nous abandonnons les bus à hydrogène, mais la station de production d'hydrogène qui était prévue reste donc un sujet en discussion. Mais il faut que les coûts soient partagés. Nous voulons donc mettre tout le monde autour de la table pour voir comment chacun peut participer financièrement. Nous rencontrerons Hynamics la semaine prochaine pour évoquer tout ça. »

Des collectivités territoriales « exploratrices »

Chez la filiale d'EDF, justement, pas de réaction officielle : « Nous avons pour principe de ne pas communiquer quand le projet est piloté par d'autres entités, ce qui est le cas à Montpellier où le projet est piloté par la Métropole », confie le porte-parole d'Hynamics, confirmant que « des échanges sont en cours et vont se poursuivre ».

A ce jour, Hynamics annonce une trentaine de projets en France, à différents stades de maturité. Le plus avancé est celui d'Auxerre, où une station de production d'hydrogène de 1 MW vient d'être mise en service pour alimenter les besoins en mobilité de l'agglomération et pourrait monter à 3 MW pour alimenter des TER. A Belfort, le projet d'une station de production a été signé et les travaux démarreront au cours du 2e semestre 2022 pour ensuite alimenter des bus. D'autres projets sont en cours à des stades de maturité moindre et qui pourraient ne pas arriver à terme, les collectivités territoriales « exploratrices » d'une technologie encore à ses débuts pouvant renoncer en cours de route pour diverses raisons...

Alors qu'adviendra-t-il des 18 millions d'euros de subventions au total que la Métropole de Montpellier avait réussi à rassembler (par les appels à projet et auprès d'autres collectivités locales) ?

« Ces 18 millions d'euros de subventions concernent le projet global d'investissement et c'est la raison pour laquelle, afin de ne pas les perdre, nous voulons mettre tous les acteurs concernés autour de la table avec Hynamics pour voir comment réaliser cette station de production d'hydrogène », répond Julie Frêche.

Cécile Chaigneau

7 mn

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Commentaires 7
à écrit le 07/01/2022 à 8:12
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Très mauvais bilan énergétique l'hydrogène. Il y avait une fiche technique de l'ademe "Rendement de la chaîne hydrogène - Cas du "Power-to-H2-to-Power"", entre l'énergie mobilisée au départ et le travail obtenu, il y a 75% de pertes. Ca peut avoir un...

le 07/01/2022 à 9:02
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Tout a fait d'accord, nous avons en France de multiples "preneurs de decision" qui n'ont aucune culture technologique, scientifique.

le 07/01/2022 à 13:54
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Exact ! On en a à la pelle à l'Ena (ou sa nouvelle petite soeur) et dans les grandes écoles publiques ladministratives. Ils y rentrent et on leur serine durant toute la durée de leurs études qu'ils sont les meilleurs, qu'ils savent tout et que sans ...

le 07/01/2022 à 22:18
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Le nucléaire (et charbon ou gaz) a également un mauvais rendement, sur-chauffer de l'eau pour faire tourner des turbines c'est pas terrible, à cause de Carnot et ses principes. Produire de l'hydrogène avec du courant nucléaire c'est donc pas formida...

à écrit le 07/01/2022 à 8:00
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De nouvelles infrastructures routières pour cette ville qui étouffe sous les embouteillages devraient être la priorité en effet. Par ailleurs il y a énormément de pauvreté dans cette ville comme partout en France d'ailleurs. 5 ans de gouvernance fina...

à écrit le 06/01/2022 à 22:16
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on aimerait connaître quand même le dessous des cartes dans ce domaine tout à la fois hautement spéculatif intellectuellement et sur-financé de la transition énergétique. Pas par idéologie, mais simplement pour connaître au moins lucidement ce que se...

le 07/01/2022 à 22:21
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L'avenir est électrique, tout électrique. Un collègue travaillait (y a 12 ans) sur une climatisation autonome, sur le toit un panneau d'eau chaude et un photovoltaïque, clim "gratuite". Ça utilise le même système que les réfrigérateurs à gaz, du froi...

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